Rencontres et carnets de route : l’aventure humaine au détour du voyage…

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Tandis que la rentrée a pris le dessus sur l’insouciance estivale, la monotonie a investi de nouveau le quotidien, me confortant chaque jour davantage dans cette impression de passer à côté de quelque chose… Un sentiment de plus en plus perceptible avec les années qui s’écoulent et me séparent de mon dernier long voyage au long cours dans le sud du Vénézuela, à la rencontre des Indiens Yekuana et Sanema.

Or, me sentant très souvent prisonnière de cette routine, de récentes retrouvailles m’ont permis de réaliser combien le besoin de m’éloigner de cette spirale spatio-temporelle était nécessaire à mon équilibre. Vivre l’instant beau et fort tel qu’il se présente, pour en percevoir toute sa magie, me laissant porter avec légèreté par la beauté de l’inconnu et les rencontres.

D’imprévus en aventures, d’errances en itinérances… les fondamentaux du voyage se partagent un dénominateur commun et fédérateur : la liberté. Autant de mots presque effrayants, mais qui semblent s’envoler si facilement ; et pourtant, malgré un sentiment profond et véritable, ne se contentent-ils pas seulement d’animer l’illusion d’être libre ?

Au-delà de la beauté d’un paysage – que ce soit l’immensité d’un désert d’altitude, la perfection d’une ligne de crête, la chorégraphie d’une baleine au crépuscule devant les yeux ébahis de tout un village ou encore la magie d’un bivouac sur une île déserte – la rencontre n’est-elle pas la chose la plus précieuse en voyage ? L’élément déclencheur qui transporte l’émotion avec intensité ?

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Augmentés par le contexte du voyage, lors duquel on parvient à vivre mieux l’acceptation de l’impermanence, ces sentiments sont accueillis avec simplicité et spontanéité, sublimant le bonheur de l’éphémère dans un acte de pleine conscience mi conscient.

Ici, on perçoit un sourire timide et là, on s’enrichit d’un échange, comme par exemple, un atelier photos avec les enfants du village, un refrain appris sur le chemin, une danse improvisée dans un village de brousse, un lâcher de cerfs volants sur une plage au soleil couchant…

Un jour, me voici émue par la leçon de sagesse enseignée par un moine lettré dans un célèbre monastère de Birmanie… Le lendemain, je me trouve troublée par le geste confiant d’une jeune maman indienne me tendant son enfant dans les bras dans un train lancée à grande vitesse dans l’état du Karnataka… Et un brin flattée aussi, d’être présentée aux parents d’une jeune fille Yekuana, après seulement 3 jours de rencontre dans un village reculé à la frontière brésilienne.

Parfois même complètement attendrie par l’enthousiasme de cette autre fillette et de son petit frère rencontrés sur la grande baie de Santé Fé au Vénézuela ; des êtres drôles, curieux et adorables qui me considèrent comme une mère au premier sourire jusqu’à l’heure venue de la séparation.

Chica de Santa Fé, Vénézuela

Pas totalement indifférente non plus à la chaleur de cette rencontre avec une famille sud américaine débarquée sur une crique déserte du Parc de Mochima qui m’offre, en guise d’amitié un whisky glacé, les pieds dans une eau aux fonds cristallins.

Quant à ce sentiment de bien-être qui m’envahie alors que je suis entraînée par la joie et la bonne humeur d’un bal poussière à Madagascar – seule femme vazaha parmi toute une communauté Betsimsaraka  il ne manque pas d’intensité non plus… Ni même encore celui de cet autre soir où nous sommes conviés autour du seul poste de télévision – fonctionnant selon les humeurs d’un groupe électrogène – d’un village posté entre brousse et lagon, lorsque soudain, par l’encadrement de la porte, l’ouverture de la fenêtre, nous apercevons une dizaine d’yeux qui nous observent de toute part, souhaitant partager ce moment chaleureux dans la plus grande discrétion…

Puis, c’est cette mélodie douce et lancinante jouée par notre guide malgache sur sa guitare mal accordée qui nous berce avec mélancolie jusqu’à la fin du séjour sur la Grande Ile.

Partout, la rencontre sonne juste, humaine et spontanée. Très tactiles, les africains ont besoin d’un contact physique pour mieux la percevoir. Ils vous saisissent les bras ou l’épaule avec fermeté et conviction. Ici, c’est l’être humain qui communique, au-delà des différences culturelles. Peu importe la couleur de la peau, votre présence les touche et ils savent gratifier votre geste ; cette joie se traduit généralement par un échange très chaleureux.

Cap masoala, Madagascar (octobre 2006)

Cap masoala, Madagascar (octobre 2006)

Universels, la danse et la musique facilitent souvent cette rencontre… Les rythmes entraînants du djembé sous le fromager d’un village Diola rassemblent naturellement toutes les générations réunies, garantissant des instants joyeux qui s’accompagnent d’éclats de rire, de pas de danse tantôt timides, tantôt extravertis.

L’immersion dans les village reculés et rythmés par des traditions rurales et des savoirs ancestraux favorise ces moments de partage.

Lieux de commerce et d’échanges, les marchés offrent également plus d’une occasion d’échanger sourires et discussions furtives. Un geste de tête timide ? Une invitation lancée avec un signe de la main ? Entre anonymat et curiosité, nous appréhendons la rencontre, la plus imprévisible qu’elle soit, avec une disposition particulière, exempte de tout jugement.

Parfois, cette rencontre n’a lieu qu’à travers un regard ou des yeux rieurs rivés sur soi… une expression emprunte de sensibilité qui invite à s’ouvrir à l’autre, malgré les barrières de la langue.

Et, si c’est cette même rencontre, ancrée dans la simplicité et la générosité qui donne sens au voyage et à la vie au sens large, pourquoi les relations entre les hommes ne jouissent-t’elles pas toutes du même degré d’altruisme et d’ouverture de l’esprit ?

Pour cela, n’est-il pas essentiel d’aborder la rencontre comme une façon d’être et non sur un mode de possession, tel que l’argumente Yvon Lesaunier dans ses écrits ?

Sachant que toute expérience spirituelle passe par la connaissance de soi, la sagesse et les facultés à se dépasser, le fait d’aller vers les autres favorise vraisemblablement la communion avec autrui. En ce sens, la rencontre représente une certaine forme de spiritualité, au même titre que la marche qui permet d’entrer en harmonie avec la nature, et par conséquent d’atteindre un certain état de bien être.

Une aventure humaine avant tout, de laquelle on se revient grandi. N’est-ce pas là, tout simplement, la richesse et la beauté de la vie ??

Visage embera, La Palma, Panama (mars 2011)

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