L’éveil printanier ou l’heure de l’envol libératoire !

Phénomène émergeant de la pandémie, le « wandermust » ou l’envie subite de craquer de façon déraisonnée pour s’envoler au bout du monde, se propage à une vitesse aussi rapide que celle du virus.

Mais d’où vient cette obsession subite, ce besoin de vouloir tout lâcher et tout quitter ? La nature n’est-elle pas la plus à même de nous nous rappeler cette nécessité libératoire ? Ne surtout jamais laisser le temps s’échapper et profiter pleinement de chacune des saisons, comme autant d’émerveillements sans cesse renouvelés.

Si on lève les yeux en direction du ciel et que l’on savoure le sens de chaque pas, la mesure de l’impermanence crée à elle-seule cette rage de vivre, ce passage à l’action qui ne tolère aucune alternative ni échappatoire.

Le souffle de l’air dans les branches des arbres, chargées de leurs bourgeons qui se parent de toutes les couleurs, les parfums enivrants qui embaument les sentiers de montagne ou les chemins en bordure de forêt, les lumières qui gagnent en contrastes : la saison printanière dévoile un panel d’indices nature qui stimule agréablement tous les sens réunis.

Une forme d’enchantement qui ensoleille notre quotidien, réveillant ainsi nos plus chères envies d’escapade et rejetant par la même occasion les frustrations amères de ce qui ne nous a pas été autorisé de concrétiser, de mettre à l’œuvre.

On finirait par trop s’enraciner, à force d’avoir les pieds et les mains liés à notre microcosme quadrillé dans ce rayon imposé de 1, 5 puis 10 kilomètres.

Mais, est-ce vraiment légitime de vouloir absolument reprendre les rênes de son quotidien pour être capable de sentir ses sens s’éveiller après une hibernation forcée ? Cet élan de liberté doit-il obligatoirement s’accompagner d’un départ dans un autre espace-temps ?

Parfois, on se demande ce qui va nous retenir à aller voir juste là, de l’autre côté, un peu plus loin, si la morosité ambiante n’a pas déteint chez son voisin.

L’enracinement provoqué par cette forme d’immobilisme contraint tend parfois à réactiver un sentiment de déracinement, notamment pour toutes les personnes qui se trouvent éloignées de leur famille ou séparées de leurs amis les plus chers.

De même, l’impression qu’une frontière invisible s’est dessinée sur tout ce qui se trouvait à plus de 20 kilomètres de chez soi. Autant de « villes frontières » impossibles à franchir, sous réserve que l’on parvienne déjà à les rejoindre.

Or, n’a-t-on pas vraisemblablement besoin de diversité dans les rencontres et les découvertes pour s’extraire des trivialités du quotidien ? Comment voir plus loin que le bout de son nez pour s’ouvrir l’esprit et aiguiser la curiosité à l’adversité ?

A mes yeux, on ne prend on pas mieux conscience de la condition humaine qu’en s’extrayant de son soi intime, celui-ci incluant son environnement proche. A l’inverse, nous voici retranchés dans un individualisme forcé.

Explorer ce qui se trouve juste à côté pour sortir de sa zone de confort, oublier un instant ses repères, voici ce qui constitue autant de buts vitaux pour l’homme, même si celui-ci est ancré dans une absolue sédentarité, bien loin de ses origines de bipède nomade.  

N’est-ce pas en s’aventurant dans l’inconnu que l’on parvient à affronter ses peurs, à se surpasser physiquement, mais également à se construire en s’affirmant émotionnellement ?

Par ailleurs, c’est véritablement en se laissant surprendre et en s’émerveillant, par l’exploration et l’expérience que l’on s’enrichit le plus, et surtout de la façon la plus naturelle.

Se distancier, découvrir, apprendre, rencontrer… ce sont tant d’actions nécessaires à mettre en œuvre dans ce contexte ubuesque qui, en huis clos, tendrait à nous rendre fou, comme si nous étions le prisonnier de la série éponyme.

Alors, après le télétravail, à quand l’heure de la téléportation ?

Quand il est devenu pesant de respirer entre 4 murs, on tend à manquer d’air… c’est pourquoi, il suffit parfois d’un bon bol d’air pour reprendre son souffle !

Si la culture semble exclue des besoins essentiels depuis une année déjà, le souffle, élément clé dans la pratique du yoga, reste plus que vital. Ainsi, il constitue un besoin organique que de s’oxygéner en prenant un bain de nature ou en se laissant volontairement porter par l’inconnu, sans but ni contraintes.

Mais comment pourrait-on définir la déconnexion ? Par quoi passe-t-elle et comment se construit-elle ? Bien entendu, il existe très certainement moult réponses à cette question, fonction des modes de vie et aspirations de chacun.

Pour certains, cette déconnexion ne pourra avoir lieu sans changement de décor, avec la nécessité quasi stricte et absolue de s’éloigner pour mieux s’extraire des cadres de son quotidien.

Pour d’autres, la réponse se tournera davantage sur le besoin de créer du lien. Tandis que l’usage des termes « distanciation sociale » a proliféré dans notre vocabulaire pandémique, c’est la qualité même des relations humaines qui replace l’homme au cœur du vivant. Parvient-on réellement à rester ce que nous sommes, fidèles à nos valeurs et à notre moi intérieur (à cette nature dont il nous est impossible de se détacher) si on ne peut continuer d’entretenir de lien avec autrui ? Que reste-t-il du « je » sans l’autre ?

Si le fait de rester impassible et immobile peut sembler contre-nature, s’offrir une bouffée d’oxygène ne présente rien de plus licite pour apporter une nouvelle respiration à notre vie et à notre environnement. Un souffle pur et neuf qui aidera peut-être à porter un autre regard sur le monde, à défaut de tenir absolument à le changer.

Se déconnecter pour mieux se reconnecter avec humilité à l’humanité, un beau challenge collectif pour le printemps 2021…

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