Festival What a trip : de l’aventure aux défis de demain…

Du simple besoin de m’éloigner du quotidien, de m’évader juste à côté, sous le soleil de Montpellier, le besoin de participer à la 4ième édition du Festival What a Trip est presque devenu une nécessité cette année. Assurément, face à l’étouffement dans lequel nous plonge le contexte ambiant lié à la crise sanitaire, l’idée de prendre une vraie bouffée d’air me rendait à elle seule déjà plus légère. Avec la quasi-certitude que continuer à vivre normalement était presque une évidence aujourd’hui. Pourquoi se résigner à se lamenter dans une ambiance apocalyptique, conduite par les pouvoirs politiques et médiatiques, plutôt que de continuer à rêver et à réaliser de nouveaux projets ?

La liberté de circuler est vitale, pas virale !

Fidèle à mes valeurs et mes convictions en faveur de la mobilité douce, un voyage à  Montpellier commence toujours en train ou en bus. Emprunter les transports en commun, c’est avant tout l’occasion de me plonger dans l’esprit du voyage, à travers l’ouverture aux autres et le partage. Au même titre que mon engagement sur le Festival répond presque avant tout à des attentes humaines, bien au-delà de la beauté et du rêve que suscite la vision des films d’aventure.

12 films en compétitions, 9 expositions photos, 14 conférences, un village du voyage et 24 ateliers : à travers sa programmation, What a trip 2020 invite toujours à la réflexion sur les bienfaits, les défis et l’impact du voyage et de l’aventure, à travers des projections, mais aussi des échanges entre de nombreux protagonistes, amateurs, initiés ou professionnels.

Qu’est-ce que l’Aventure en 2020 ?

Mettre au profit ses moyens d’adultes pour vivre ses rêves d’enfants : n’est-ce pas là une belle façon de ré-enchanter le monde comme on nous l’a si souvent suggéré depuis le début de l’épidémie ? Enfant, on porte en général un regard émerveillé sur tout ce qui nous entoure, y compris dans notre imaginaire. Mais quel adulte ose seulement user de son audace pour réaliser ses rêves de toujours ?

L’Aventure se construit seul ou à plusieurs, à partir d’une grande part d’inconnu où le risque est considérable et la réussite incertaine. Est-ce donc ce lot d’émotions qui, cumulé à l’adrénaline, pousse l’Aventurier à l’acte, malgré les souffrances et les galères susceptibles de lui barrer la route ?

Si l’on considère que l’émerveillement peut conduire à un tourisme plus responsable, l’exploration ne sert pas tant à cartographier un monde qui nous échappe pour des raisons exclusivement géographiques. En effet, plus que la conquête, c’est la découverte qui importe, en essayant de privilégier le voyager des sentiers battus, à contre-courant.

Ce ressentiment croissant, qui anime en grosse partie les motivations de l’aventure, rejoint naturellement le discours collectif plus actuel que jamais sur la place de la micro-aventure aujourd’hui. Une tendance encore plus en vogue depuis la fermeture forcée des frontières, qui a soutenu – bien avant l’apparition de la COVID-19 dans le monde – la démarche des acteurs spécialisés émergents comme Chilowé, Explora Project, les Others ou encore 2 jours pour vivre, d’exploiter le concept imaginé et théorisé par le jeune aventurier Alastair Humphreys.

Besoin de se déconnecter des technologies, retour à la simplicité et à la nature, dépassement physique et défis sportifs, soif d’exploration et d’inconnu… Bien au-delà des préoccupations écologistes intimement liées aux enjeux climatiques qui se reflètent dans les tendances touristiques, les raisons et motivations qui déclenchent l’aventure sont infinies et toujours très personnelles.

Et c’est d’ailleurs cette même richesse qui enrichit l’éclectisme des programmations de festivals comme What a trip.

Du dilemme d’un collectif de kayakistes (Apurimak, l’appel de la rivière de Hugo Clouzeau) qui cherche la rivière du haut d’une falaise quand il tente de s’en éloigner à celui d’un groupe de highliners (Sweet as, Louis Schwartz) qui dessine et créé des lignes imaginaires dans un territoire défini, en passant par la quête de nouvelles vagues de nos aventuriers/surfeurs bretons (Patalluvia de Ronan Gladu) : même dans un monde qui n’est plus à cartographier, les possibilités d’aventures sont aussi diverses que le champ des possibles de l’imaginaire est large.

A travers son film Surviving the outback, Michael Atkinson rejoint également cette idée, selon laquelle il est encore possible de voir d’aller découvrir et de les explorer en totale autonomie, tout en laissant le moins de traces possibles, afin de réduire son impact tant sur le plan écologique que sociétal. Il n’a entrepris son aventure que suite à un accord avec la population aborigène, s’engageant pour ne pas diffuser et localiser avec précision le nom des lieux parcourus.

Dans le film A couper le souffle de Mathias Lopez, le français et vice-champion du monde d’apnée en poids constant Stéphane Tourreau raconte comment sa discipline est totalement dépendante d’une philosophie de vie. Selon lui, la première chose avec laquelle on se connecte à soi-même et à son environnement, avec ses propres moyens les plus simples, c’est par son corps. C’est pourquoi, même lorsqu’il décide d’explorer sans bouteille par 70 mètres de fond l’un des plus beaux spots sous-marin de Mayotte, tout passe par la pleine conscience et par conséquent par le ressenti corporel.

Parfois, l’Aventure via la pratique d’un sport à un niveau professionnel permis aussi d’aller mesurer les conséquences de l’histoire sur une population. C’est le sujet de Water get no ennemy d’Arthur Bourbon. Avec son acolyte Damien Castera, ces surfeurs professionnels sont partis dans une aventure au Libéria, à la rencontre des anciens enfants soldats de la guerre civile qui se sont réfugiés dans le surf pour se reconstruire.

D’autres vont plutôt choisir d’orienter leur voyage sur la découverte des initiatives écologiques pour dresser un constat du monde « en marche » et du vivant : Utopia, à la recherche de l’équilibre de Fanny Rubia et Adrien Prenveille ou encore la conférence sur l’agriculture paysane animée par Anthony Marque.

Avec tantôt des messages plein d’espoir, des exemples positifs encourageants si on les retranscrit à l’échelle planétaire, ce sont autant de défis globaux majeurs qui incombent aux populations insulaires, premières victimes de l’urgence climatique.

A l’instar de la nature qui montre tous les jours l’existence de systèmes de résilience, d’entraide et d’autosuffisance pour s’adapter au changement climatique, les peuples insulaires font le premier pas vers l’équilibre et l’adaptation, en ayant recours en même temps à des connaissances ancestrales et des techniques modernes. A la fois passeurs de savoir, gardiens de l’environnement ou maîtres de l’avenir : les peuples des îles font partie intégrante d’un laboratoire grandeur nature pour lutter contre la modernité et/ou au défendre des valeurs qui conditionnent notre rapport avec l’environnement .

Qu’il s’agisse de l’adaptation de l’homme à un environnement ou à un sens plus large au changement ou encore de la façon de gérer l’imprévu : finalement, la réalité de l’aventure s’apparente aujourd’hui de près ou de loin au destin de notre quotidien qui s’est installé avec la pandémie.

Par ailleurs, si le degré d’autonomie et d’engagement ou même le nombre de kilomètres où elle se vit importe peu, l’aventure doit continuer à répondre à une quête personnelle pour rester authentique. En d’autres mots, parce qu’elle est par définition en grande partie constituée de doutes et d’imprévus, l’aventure doit conserver ses propres caractéristiques pour demeurer durable. Et s’appuyer sur l’imaginaire et les moyens de chacun pour être unique et singulière, et par conséquent authentique.

A cette réflexion s’ajoute la question de la médiatisation sur les réseaux sociaux : les nouveaux médias dénaturent t’ils l’aventure, faussant en partie son caractère authentique ? Part on à l’aventure pour être visible dans les médias ou vit on l’Aventure pour soi, en but d’un partage à postériori ? Si l’on devait dresser le portrait / persona de l’aventurier 2020, quel serait il par rapport aux explorateurs du siècle dernier ?

Tandis que le voyage a toujours servi de fil conducteur pour lier les êtres humains entre eux, mais aussi pour mieux accepter l’altérité dans une société de plus en plus individualiste, un festival dédié au voyage comme What a trip ne peut que servir notre curiosité et notre ouverture au monde, mais aussi sa compréhension. En d’autres mots, alors que la société devient de plus en plus déshumanisée, il nous incombe de rester connectés par des actions communes d’échanges, de partage et de réflexion. Parler et partager son/ses aventure(s) nous enrichit et nous fait résolument grandir.

Venir à What a trip, c’est bien cultiver la certitude que le lien social – un lien vital et pas assez viral – n’est pas encore brisé. Exit la distanciation sociale dans une société déshumanisée : l’aventure doit rester résolument humaine, puisque l’essence même de la vie, sa plus grande richesse dans son plus humble attribut, c’est bien la diversité humaine.

=> A relire sur un sujet toujours d’actualité :

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