De la société déshumanisée à l’humanité reconnectée ?

Un printemps de perdu, dix de retrouvés ? Partir ou rester, s’évader sans s’éloigner… qu’en est-il aujourd’hui de nos besoins de mise en mouvement ? Si le “s’en sortir sans sortir” a circulé en long et en large durant ces deux derniers mois sur la toile, sur fond d’e-mailing ou à nos oreilles d’auditeurs libres, ce n’est pas tant la liberté de se mouvoir qui a été la plus affectée, mais bien ce lien social brisé.

N’est-ce donc pas contre-nature de vivre sans mettre de l’humain dans nos rapports et nos modes de vie au quotidien ? Si Aristote qualifiait l’homme d’animal social, l’être humain a été doté du langage – un outil qu’il a acquis au fil de son évolution – pour pouvoir entrer en contact avec autrui. 

Si je ressens le besoin de donner corps à ma vie sociale avec une certaine intensité, l’amitié trouve naturellement sa place dans le rang des valeurs les plus importantes à mes yeux. Cependant, j’accorde une part tout aussi importante à la rencontre avec l’inconnu. C’est d’ailleurs même ce sentiment-là qui anime ma quête de découverte lorsque je voyage.

Il y a ceux qui partent seuls à l’aventure, happés par une envie de solitude poussée à l’extrême. Et puis, il y a ceux qui ont besoin de partager. Or, par essence, le voyage, c’est l’humanité ou l’histoire d’un monde mobile dans lequel il est certes de plus en plus utile de façonner l’image et de réguler tourisme. Néanmoins, le rapport entre l’être humain et son environnement, c’est le vivant, ce monde sans cesse en mouvement que l’on fige derrière le terme d’impermanence. Ainsi, l’homme ne peut être fait pour évoluer dans son environnement sans entretenir de contact avec celui-ci.

Sous les apparences d’une société de plus en plus individualiste, chacun tisse des liens, tout en étant finalement toujours plus connecté. En terme de nombre de contacts, mais aussi par rapport à la liberté qu’offrent les frontières spatio-temporelles ; c’est l’ère de l’instantanéité, où tout est augmentée en permanence par la vitesse et les flux de nos rythmes quotidiens. C’est justement à ce futur hyper connecté et contrôlé, vendu aux multinationales auquel fait référence l’écrivain Alain Damasio dans son livre « Les Furtifs » ; un futur qui commence même aujourd’hui.

Ainsi, relevant tantôt du réel, tantôt du virtuel et cela peu importe le média et le mode, ce besoin de contact paraît indispensable pour stimuler une énergie collective. De la même façon que les liens sociaux sont nécessaires à la bonne santé de l’esprit. La pratique sportive est un bon exemple également d’outils pour cultiver ce lien social.

A une plus large échelle, nous ne pouvons vraisemblablement pas être tous et toutes reliés à la même planète sans qu’il n’y ait pas d’interdépendance. Cela tant avec les autres êtres humains qu’avec notre propre environnement.

Par ailleurs, si l’on considère que l’altérité éveille la curiosité et favorise l’ouverture d’esprit, nous ne pouvons dissocier autrui de notre champ de pensée et d’action. Ainsi, la vie constitue une aventure humaine, dépendant étroitement de notre entourage et de nos rencontres.

Mais si la découverte de la différence élève nos consciences, ne peut-on pas aussi avancer que la beauté de l’inconnu et des rencontres parvient à nous faire grandir et à nous enrichir ?

Au cours d’une exploration, d’une immersion, nous sommes admiratifs devant la beauté d’un décor. L’immensité d’un paysage. La magie d’un bivouac dans un havre de paix et de tranquillité. Mais nous sommes généralement émus par la singularité d’une rencontre. Parce que la rencontre transcende l’émotion avec intensité, n’est-ce pas ce qui existe de plus précieux en voyage ? 

Tantôt figée par une voix ou un sourire – autant de signes qui rassurent devant l’inconnu et les barrières linguistiques – la rencontre amène vers le partage : un atelier photos avec un groupe d’enfants, un refrain appris sur le chemin, une danse improvisée dans un village de brousse, un lâcher de cerfs volants sur une plage au soleil couchant…

De ces rencontres, je me souviens de la leçon de sagesse enseignée par un moine dans un monastère birman, de cette jeune maman indienne qui m’a tendu son enfant dans les bras dans un train du Karnataka, de cette petite amérindienne Yekuana qui était toute fière de me présenter à ses parents. Parfois, certaines personnes vous adoptent spontanément, avec une confiance invisible. Comme cette souriante fillette et son petit frère dans la grande baie de Santa Fé au Vénézuela. Des êtres spontanés qui m’ont considérée comme une mère du premier sourire jusqu’à l’heure de la séparation.

En Afrique, la rencontre s’accompagne généralement de gestes tactiles. Une embrassade chaleureuse, une empoignade vigoureuse. La joie et l’excitation animent ce moment d’échange avec vivacité et intensité. Les enfants n’ont généralement pas l’envie de la dissimuler. A Madagascar, ils l’expriment en se bousculant et se jetant devant l’objectif de l’appareil photo. Parfois, c’est le village entier qui vient à votre rencontre, avec plus ou moins de discrétion. 

Si la musique et la danse facilitent bien souvent l’échange, il suffit des fois d’un simple mouvement timide de la tête, d’un regard rieur ou encore d’une invitation lancée avec la main pour déclencher la rencontre. Et alors, sans jugement aucun, c’est avec une fluidité limpide que se crée un lien, même éphémère, brisant ainsi le silence et par la même occasion la barrière de la langue. A cet instant précis, l’écoute de l’autre suppose une mise en retrait afin que s’efface tout rapport de supériorité. L’altruisme naît de la simplicité et de la générosité dégagées par le geste improvisé. Loin d’être dénué de sens, le fait d’aller vers autrui relève d’une forme d’expérience spirituelle. Comme la marche qui nous aide à entrer en harmonie avec la nature et son environnement au sens large, nous confrontant à un état de bien-être absolu. 

Forts de ces nombreux constats et de ces réflexions diverses, on pourrait peut-être affirmer que l’aventure humaine fait partie intégrante de la richesse et de la beauté de la vie. Partager, c’est multiplier, c’est grandir, c’est s’enrichir… et si cette pensée philosophique s’appliquait à l’échelle de l’humanité comme une leçon de sagesse universelle, liant les hommes entre-eux, malgré la distance physique tantôt souhaitée, tantôt contrainte ?

En posant ces mots, c’est comme si un vent de sagesse cherchait à instaurer la bienveillance générale pour que “le monde d’après” trouve un l’équilibre adéquat, sans jamais que l’on ait besoin d’écarter les rapports humains en parlant de distanciation sociale. Quand on fait appelle à la solidarité et à la prise de conscience collective, c’est tous ensemble et non individuellement que l’on y parvient.

Parce que c’est une hérésie absolue que de prôner l’individualisme pour une action collective, nous sommes tous et toutes réunis sur cette Terre pour un seul et même combat :  celui de préserver notre planète, mais avant toute chose partager ce qui nous a été offert sur Terre, ce qu’il y a de plus beau et de plus précieux… vivre !

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