Attention, un Golok pour en cacher un autre…

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Portrait robot du Golok d’hier et d’aujourd’hui…

L’été rimant souvent avec frivolité, l’actu people fleurit dans les médias pour nourrir avec légèreté les esprits des estivants… Alors, dans la revue « people » d’un tout autre horizon, voici le portrait d’un personnage loin de faire la Une dans l’hexagone, mais qui mériterait tout aussi bien d’être connu !

Si certains ont entendu parler du « bon et du mauvais chasseur », qui d’entre-vous a déjà eu l’occasion de rencontrer le « gentil et le méchant » Golok ? Et qui sait où se cache désormais ce personnage oublié qui a jadis effrayé plus d’un aventurier ?

Pour l’approcher, il suffit de prendre la direction de Xining depuis Pékin et de se poser dans la province du Qinhai, avant de s’enfoncer dans la vallée de l’Amdo. Aujourd’hui intégré à la République Populaire de Chine, l’Amdo révèle encore les secrets sans âge du Tibet historique, dont le quotidien de ces mystérieux nomades, maîtres de vastes plateaux herbeux plantés dans un décor avoisinant les 4000 mètres d’altitude.

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Terre de légendes relativement isolée et ayant résisté longtemps à l’invasion chinoise, cette région peu connue des trekkeurs est dominée par l’Amnye Machen, une montagne sacrée que parcouraient, avant l’administration chinoise de la région, près de 10.000 pèlerins ; soit une circumambulation de 200 kilomètres qui s’effectue sur une semaine de marche relativement sportive, du fait qu’elle se déroule en altitude.

Lors de l’expédition organisée par Jules-Léon Dutreuil de Rhins en Haute-Asie en 1894, en apercevant au loin le sommet de cette montagne indésirable, Fernard Grenard a avancé :

« C’est l’Amni Ma-tchen, le mont sacré des Ngo-log, devant lequel ils prient et battent la terre du front, dont la divinité redoutable, mal assimilée par le bouddhisme, protège leur indépendance, fait croître et prospérer leurs troupeaux, rend profitables leurs pirateries. »

D’où la figure de Machen Pomra, la divinité des Goloks, représentée sur un cheval blanc en brandissant un étendard pour représenter la montagne sacrée où les Goloks ont élu résidence.

Organisant des embuscades et attaquant les caravanes, ceux qu’Alexandra David Néel nommait les « brigands gentilshommes », de farouches guerriers pillards organisés, ont ainsi longtemps semé la terreur. Parmi les grands voyageurs explorateurs, l’un deux a même été cousu vivant dans une peau de chèvre avant d’être jeté dans le fleuve Jaune.

Aujourd’hui, les Goloks vivent sur des territoires officiellement interdits pour les touristes par les autorités chinoises. La police veille avec courtoisie, mais la présence de celle-ci disparaît dès lors que l’on quitte la route et les bourgades relais.

Partie de billard, far west tibétain (août 2004)

Immersion au coeur du fief Golok…

En plein cœur d’un large plateau situé à 3800 mètres d’altitude et entouré d’une chaîne de hauts sommets, voici Tawo : prière de laisser ton colt à l’entrée !

Dans cette petite ville commerçante se résumant à une seule et unique artère centrale, les Goloks font encore la loi. Vêtus de longs manteaux en fourrure ou en peau de léopard des neiges (= Chubas), les bikers tibétains chevauchent leur Honda Wing Yang décorées de grands drapeaux, en circulant au milieu des midinettes habillées « made in China ».

Cheveux longs et lunettes « seventies », ils entrent en furie dans la ville, leurs femmes assises sur le siège arrière. Celles-ci, couvertes de parures en corail et en turquoise pouvant atteindre une valeur de près de 10.000 euros, ont toujours les cheveux entièrement tressés.

Avec leur chapeau à larges bords et leur visage buriné, les Goloks présentent réellement de très fortes similitudes avec les Indiens d’Amérique du nord.

Dans les vastes étendues d’herbe qui s’étendent à perte de vue au pied des glaciers, ils ont en partie substitué leurs chevaux à de flamboyantes Honda, sans pour autant délaisser leurs atouts essentiels, symboles du nomadisme tibétain.

Far west tibétain (août 2004)

Le Golok est vaillant, mais il est aussi galant…

Dans ces grands espaces de verdure criblées par les yacks, ceux qu’Alexandra David Néel nommait les « déserts d’herbe », plane encore l’âme Golok, parmi les  » habitants des solitudes » (= les drokpas).

Au centre des « latzas », points de rencontre sur les pèlerinages (= les khoras) autour desquels flottent des drapeaux à prières qui claquent au vent, les grandes flèches plantées dans le sol représentent chacune un clan Golok.

Cavaliers hors pair montés sur des chevaux aussi rebelles que leurs maîtres, ils conduisent avec force et détermination leurs troupeaux de pâturage en pâturage comme de véritables cow-boys. Regroupés par famille, ils vivent principalement de l’élevage du yak et du mouton, comme la plupart des nomades d’Asie centrale.

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Lorsque les glaciers fondent, chargeant les torrents d’eaux tourmentées et pleine d’énergie renouvelée, les passages à gué dans les courants renforcent le mythe du Golok fort et courageux à la fois, celui qui maîtrise son environnement mieux que personne.

La moto en main, ils parviennent à dominer leur véhicule tout terrain aussi bien qu’un cheval parfaitement dressé. Face au courant et dans le torrent glissant, quelques accélérations leur suffisent à surmonter l’obstacle, sans même descendre de leur véhicule. Avec un « pied à terre » (plongé dans l’eau glacée), ils parviennent à dégager brillamment leur moto pour atteindre l’autre rive.

Parfois, une fois la moto mise en sécurité, ils reviennent sur leurs pas afin de porter leur femme – de petites silhouettes frêles complètement emmitouflées – de l’autre côté du torrent.

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Derrière ce regard sombre et cette assurance de cow-boy, emprunts de mystère d’arrogance, le Golok n’a t-il finalement pas une âme d’agneau ?

En effet, même dans un décor totalement sinisé, les Goloks cultivent une personnalité ancrée dans une forte identité, liée à leur histoire et leur mode de vie qui s’est bâti dans un milieu hostile, d’une grande rudesse.

Mais la nouvelle génération, qui manie incontestablement mieux le « joy-stick » que le lasso, et qui fume des cigarettes en buvant des Xintao, n’incarne t-elle pas une nouvelle image encore, dévoilant tous les
les anachronismes d’un mode de vie partagé entre sédentarisation et nomadisme ?

Quoi qu’en soit le devenir de ce personnage héroïque et mythique, une aventure dans la « montagne interdite » demeure inédite en soit et pourrait faire la web série TV de l’été… made in China !

 

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Pour en savoir davantage sur les Goloks, l’Amdo et la Khora de l’Amnye Machen :

https://delautrecotede.com/2014/06/12/pelerinage-chez-les-goloks-de-lamdo/

https://delautrecotede.com/regards-croises-rencontre-avec-les-indiens-du-panama-mars-2011/pelerinage-chez-les-goloks-tibet-oriental-aout-2004/

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