Haro sur le cacao : destination Chuao sur la côte vénézuelienne, l’eldorado du fameux criollo !

Petite note d’optimisme à l’intention des amateurs de chocolat, suite au bilan catastrophique dressé par l’Organisation Internationale du Cacao pour les 5 prochaines années à venir…

Bref rappel de l’actualité en chiffres :

Avec quatre millions de tonnes englouties en 2013 et un cours qui a progressé de près de 9%, atteignant ainsi le niveau historique de 2011, on annonce des années noires pour le chocolat d’ici 2020. En Suisse, l’industrie du chocolat affirme notamment sa vitalité avec une exportation en croissance de 5,6%, tandis que la Chine devrait voir ses importations croître de 5% par an jusqu’à 2018.

Victime de son succès, les producteurs de la précieuse fève ne parviennent plus à répondre à la demande mondiale en constante augmentation.

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Destination Chuao, l’eldorado du « criollo »…

Alors que la presse prédit une pénurie du chocolat dans les prochaines années, il n’est pas encore trop tard pour mettre le cap sur la côte Caraïbes du Vénézuela, à la quête d’une dégustation exceptionnelle en toute discrétion, loin des clichés industriels et des produits chocolatés génétiquement transformés, au goût insipide de cacahuètes ou autres fruits à coques.

Situé au sud-ouest de Caracas, dans l’état d’Aragua, sur une côte escarpée qui borde le pied de la chaîne de montagnes du Parc Henri Pittier, comme sorti d’un conte de fée, un minuscule village perdu dans une végétation exubérante où le temps semble s’être arrêté.

Répertorié il y a plus de 5000 ans, ce hameau de quelques âmes seulement a su conserver le mode de vie et la culture de ses ancêtres africains, des esclaves conduits le long des côtes Caraïbes de l’Amérique du Sud, pour remplacer les indiens qui ne satisfaisaient pas suffisamment les conquistadors.

Parmi les traditions, se perpétue encore l’une des fêtes les plus folkloriques, au cours de laquelle les villageois, parés de costumes multicolores et de masques accomplissent avec frénésie  la « danse des diables et des congos » (= los diablos y congos). Au cours de ces festivités introduites par les esclaves « marrons » il y a plus de 4 siècles, ils célèbrent la fertilité de la terre et la bénédiction des récoltes au travers de danses aux influences afro-indigènes.

En dehors de la période fiévreuse et colorée du carnaval, Chuao distille véritablement des airs de bout du monde ; ici, nonchalance et sérénité sont les maîtres mots de l’eldorado du cacao secrètement gardé.

Ses habitants vaquent à leurs occupations principales : la farniente et le savoir-vivre. Les pêcheurs, inactifs, assis sur les mailles de leurs filets, se reposent à l’ombre des arbres en fleurs. Attablés à des heures tardives, ils déjeunent joyeusement en famille ou jouent aux cartes ou encore aux dominos.

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Rejoindre à pied « el pueblito » depuis l’embarcadère, c’est profiter d’une marche plaisante sur une route ombragée qui longe plantations de cacao, bananiers et avocatiers. Ca et là, de rafraîchissants ruisseaux et cours d’eaux, dont la rivière Tamaira qui irrigue les plantations luxuriantes, au-dessus de laquelle s’envolent de jolis papillons. Des oiseaux chantonnent avec légèreté, un écureuil saute de branche en branche. Cette balade laisse une délicieuse vision de paradis où la nature est en permanent éveil…

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Or, c’est justement sur cette terre magique que pousse le fameux « criollo », un cacao à l’arôme puissant et délicat qui surprend par sa consistance onctueuse et son goût savoureux. Acre et amer à la fois, le goût brûlé de cette fragrance subtile mais de caractère parfume tant le sentier que les rues ombragées du village.

Chuao appartient sans doute à l’un des derniers endroits dans le monde où l’on puisse encore trouver le cacao que les Précolombiens utilisaient au Ier millénaire pour mitonner le « breuvage des dieux ».

Dans les plantations, armées d’une perche surmontée d’une serpe, les femmes récoltent les « criollos ». A l’aide d’une machette, elles fendent la coque en un seul coup pour faire apparaître des fèves blanches, caractéristiques de cette variété de cacao connue pour son excellence.

Celles-ci sont ensuite entreposées dans une pièce jusqu’à leur fermentation, environ 5 jours plus tard, avant d’être séchées sur le bitume. Une partie de la production est acheminée par la mer sur de modestes embarcations jusqu’au port de La Guaira, proche de Caracas, avant d’être chargée sur de grands navires à destination l’Europe, où le « Chuao » est vendu aux principaux chocolatiers européens…

http://www.dailymotion.com/video/xi86zk_chuao-venezuela-source-du-meilleur-chocolat_news

Mais, ici, rien ne laisse soupçonner que ce village, limité à deux rues – pas plus pas moins – représente pour les industriels le paradis du cacaoyer ou le centre du monde des gourmands.

Devant une église blanche et bleue en restauration, un banc sous l’ombre d’un grand arbre, près d’un massif fleuri. Quelques panneaux et publicitaires vantent avec pédagogie les valeurs du « criollo » et son succès mondial auprès des plus grands chocolatiers. Mais, rien d’autre que cet affichage n’indique que c’est ici qu’est produite l’une des meilleures fèves au monde.

Pas l’ombre d’un musée, ni d’un vendeur de rue… Il faut faire 3 fois le tour du village pour découvrir, derrière un petit comptoir jaune vif que c’est à cette adresse précisément qu’il est possible de savourer la fameuse sucette au cacao et d’acheter quelques tablettes de cet or brun, dont le secret maya est jalousement préservé.

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Un peu d’histoire :

… »Ce sont les Aztèques qui ont eu l’idée les premiers de cueillir les cabosses et d’en extraire leurs pépins avant de les laisser fermenter, de les faire sécher, de les griller, de les éplucher, de les broyer sur des pierres chaudes, de les mélanger à des farines, à du sucre et à des épices, de les diluer et enfin d’en boire le breuvage. Au XVe siècle, le cacao a acquis une telle importance qu’il servait aux Mayas de monnaie d’échange. En 1590, les Espagnols ont commencé à leur tour à planter l’arbre sacré. Dix ans plus tard, Chuao est devenu la première plantation d’Amérique. Très vite, « l’or brun » a constitué la principale richesse exportée du Nouveau Monde vers l’Espagne. Confiée à l’Eglise, la plantation de Chuao est ensuite transmise à l’Université par Simon Bolivar, le Libertador, qui y séjourne au XIXe siècle. En 1955, celle-ci est réquisitionnée par le dictateur Marco Pérez Jiménez. Depuis la réforme agraire dans les années 1960, tous les paysans ont pu récupérer leurs terres, sauf ceux de Chuao. Franklin Guerra, anthropologue explique : « Les gens d’ici, qui ne voulaient pas morceler leur plantation, ont préféré créer une coopérative paysanne ; le Vénézuela est un cas unique ! »

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Plus d’anecdotes et d’informations sur le Vénézuela :

https://delautrecotede.com/2013/12/19/derive-sur-le-rio-caura-a-la-rencontre-du-peuple-amerindien/

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