Le Val d’Hérens, une terre helvétique de caractère

Grimper pour apprendre à mieux respirer. Faire un pas, puis deux. Souffler et lever les yeux. Prendre le temps de regarder autour de soi, admirer le paysage. S’arrêter pour rencontrer l’autre. Partager sans folklore ni artifices, librement et naturellement. Porter un regard sain et sans jugement sur ce coin de nature à l’état pur. Réapprendre à vivre en toute conscience à travers la marche.

Régulièrement, le besoin de me retrouver en montagne pour renouer avec ce type de ressentis aussi bénéfiques que nécessaires refait surface. Aussi, dès lors que les facteurs externes le permettent, j’essaie d’assouvir ou au minimum de répondre à ces signaux vitaux.

L’été dernier, c’est sur le territoire helvétique que j’ai choisi de mettre en application cet exercice. Loin d’être scolaire et dicté par des règles strictes, il relève tout simplement de la pratique organique et élémentaire. Mais celle-ci ne saurait exister sans passer par la déconnexion (désintoxication ?) digitale, elle-même en accord avec mes envies et mes propres valeurs.

Avec ses 500 kilomètres de sentiers pédestres, ses vues panoramiques sur de prestigieux sommets dont le couple royal – le Cervin (le Roi) et la Dent Blanche (la Reine) – une itinérance dans le Val d’Hérens me semblait totalement appropriée pour renouveler cette expérience.

Dans les massifs montagneux helvétiques, l’équilibre des rapports entre nature et culture locales semble intégrer la normalité et cela pour une large majorité. A mes yeux, on trouve dans les montagnes suisses un vrai et bel exemple de vie harmonieuse et respectueuse.

Chalets en bois noircis par les années arborés de géraniums en pots, verts alpages mis en musique par les énormes sonnettes en étain des vaches de la race d’Hérens, costumes traditionnels cousus main… si le décor joue beaucoup pour sublimer la carte postale, il est des réalités qui ne dérogent ni au plaisir ni au bon sens. Ici comme dans d’autres vallées de Suisse, les fortes traditions ancrées dans la culture apportent bien la preuve que la montagne est plus vivante que jamais.

Dans le Val d’Hérens, même les vaches au nom éponyme et à la robe foncée ont du tempérament ! La reine du troupeau – celle qui a remporté sa sonnette à l’inalpe devant la « place publique » – fait la fierté de son alpage et de son propriétaire. Si certains s’attristent du devenir de la race d’Hérens qui aurait gagné en impureté du fait des récents croisements opérés sur les élevages, nul ne pourra rester indifférent devant la puissance et la vitalité de la bête. Preuve qu’en Val d’Hérens, on prend soin autant de sa terre que de ses troupeaux !

Pour taquiner la belle dans son plus beau jour, la buvette de Mandelon fait partie de ces repaires où l’on est prêt à reprendre une 2ième tournée de bière artisanale, à moins d’y préférer le petit blanc de pays jusqu’à l’heure tant attendue du retour à l’alpage.

Une arrivée que l’on peut percevoir à quelques kilomètres à la ronde et qui vient rompre la quiétude du lieu. Quand la centaine de vaches de l’alpage fait surface en investissant l’intégralité du champ panoramique, le succès du spectacle relève presque du prestige d’un défilé de prêt à porter. Une par une, deux par deux ou trois par trois… les vaches arrivent d’un pas sûr et décidé, sans même tourner la tête vers les appareils photos qui pointent sur elles. C’est alors que la ferme se transforme en un véritable champ de foire où l’on n’a pas envie de s’attarder.

On se sent bien plus à l’aise et à sa place de l’autre côté de la clôture en bois. Parfois non sans meugler, elles acquiescent agacées et finissent par entrer dans l’étable qui correspond à leur numéro de série. Et, petit à petit, alors que l’herbe verte a été largement et sauvagement piétinée, la boucle est bouclée. Si vous avez manquez un peu du spectacle, pas de replay… reprenez juste votre place en terrasse pour la représentation du lendemain !

Au plaisir de la marche en itinérance, on mêle allègrement quelque activité propre à la culture et à l’environnement montagnard, autant d’agréables moments comme des clés pour créer du lien social et mieux comprendre le mode de vie et le patrimoine de la vallée.

Emprunter le car postal pour prendre de la hauteur, grimper pour aller dormir dans une cabane, suivre le cours des bisses rafraîchissantes pour sentir la terre, fertile et en bonne santé, se détendre dans une buvette, goûter des produits locaux et déguster une raclette au feu de bois : du mode d’hébergement à la convivialité des échanges en passant par la lecture de paysage, dans le Val d’Hérens, il existe de nombreuses singularités qu’il serait dommage de ne pas connaître !

Celui qui quitte le Val d’Hérens sans voir Evolène ne connaît pas sa peine ! Ce petit village de 900 âmes conserve les traces des siècles derniers. Ici, l’histoire continue de faire vivre le présent. Le 1er août, toutes les générations confondues célèbrent avec le même engouement et les mêmes convictions la fête nationale. Le matin, un grand brunch collectif est servi dans les fermes. Puis, les célébrations commencent officiellement en fin d’après-midi. Costumes, chants et danses : les codes ne semblent pas avoir changé dans ce village figurant en tête du palmarès helvétique.

A Evolène, un ancien baraquement qui servait à héberger les ouvriers du barrage de la Grande Dixence Barrage – ce colosse mis en eau en 1957 et qui recueille les eaux de 35 glaciers du Valais soit l’équivalent de 700 000 litres – a été transformé en colonie avant d’être rénové et réhabilité en gite rural. 

La construction de ce barrage – le plus haut de ce poids au monde – a marqué l’histoire de la population de toute la vallée. Mais, dans le Val d’Hérens, passé et présent s’entremêlent naturellement.

Hôtel du Barrage, ancien baraquement pour les ouvriers

Si le temps semble avoir échappé à la vitesse de la société de consommation, libéré des règles du consumérisme et de la mondialisation, les habitants d’aujourd’hui sauront vous en parler avec les mots justes. A Hérémence et dans le paysage alentour, Patricia du Chalet le Rucher vous conte la vie d’antan à travers une foule d’anecdotes incroyablement enrichissantes.

La commune de Saint-Martin fait aussi parler d’elle ; comme dans un miroir, son passé se lit dans le présent. Financé par la commune, le canton du Valais et la Confédération Suisse, le hameau d’Ossona posé sur un plateau dans un écrin de verdure, au milieu des vaches et des chèvres, a retrouvé vie après 40 années d’abandon.

A l’image de Saint-Martin, dont le patrimoine architectural a été réhabilité, Ossona sort d’une longue bataille, relavant de l’utopie communautaire. Victime de la crise du secteur primaire dans les années 60, les terres agricoles communales laissées à l’abandon ont été revendues à des promoteurs immobiliers, avant d’être rachetées par la commune, avec l’aide de l’état et du canton.

Dans le début des années 90, l’activité agricole et rurale a été intégrée dans le développement touristique local, afin d’utiliser le potentiel entre les bienfaits de la nature et le bien-être d’un séjour au vert : l’agritourisme. Céréales, arboriculture, viticulture… outre l’exploitation fourragère destinées aux bovins et aux chèvres, les pâturages exploités aujourd’hui à Ossona constituent des terres propices au maintien d’une biodiversité de qualité.

Lieu unique servant de lien entre l’homme et l’agriculture, Ossona distille en toute harmonie cette impression de temps suspendu dans un havre de quiétude et de verdure.

Faisant écho à ce projet, d’autres lieux et initiatives ont vu le jour dans le Val d’Hérens, usant des piliers du Tourisme durable pour promouvoir son territoire et son patrimoine.  Savoir favoriser les échanges avec les locaux, préférer les circuits courts, privilégier les transports en commun au profit de la mobilité douce et respecter les traditions locales : voici autant de priorités dans une vallée fière de sa terre et de son histoire. En d’autres mots, valoriser un terroir et un patrimoine sur un territoire unique où l’homme et l’agriculture respectent la nature. Plus qu’un simple projet idyllique, ici, c’est presque une philosophie.

Dans le Val d’Hérens, le patrimoine naturel est valorisé à travers des sentiers thématiques : les Marmottes (Arolla), les Bouquetins (Dixence), un sentier didactique sur la faune et la flore, le sentier Maurice Zermatten (de Combioula à la Cabane des Becs) qui fait découvrir le paysage agricole, « histoires d’eau » (Arolla) en mémoire aux hommes qui ont construit le barrage hydroélectrique, l’épopée de sa construction et de ses immenses galeries souterraines.

Grâce à l’application « Ferme en ferme »,  il est possible de rejoindre 5 hébergements agritouristiques à pied, à cheval ou en VTT. Ces fermes pédagogiques servent à sensibiliser le jeune public au paysage et à l’environnement rural et agricole.

A l’occasion du 200e anniversaire du canton, a été créée Le Cube, une structure itinérante installée face aux montagnes pour une immersion nature avec un minimum de confort, comme une bulle pour s’évader… un hébergement insolite qui s’insère encore une fois naturellement dans cet environnement montagne.

Mais, selon mon expérience, dîner et dormir dans les buvettes d’alpages, tout en dégustant quelques produits locaux, reste l’une des plus belles et enrichissantes expériences pour apprécier toute la convivialité et l’authenticité du Val d’Hérens, une vallée extrêmement généreuse et authentique !

Depuis la cabane des Becs de Bosson perchée à 2985 mètres, les sentiers plongent à Vercorin, dans le vallon de Réchy ou au Lac de Moiry. Et, dans ce panorama grandiose sur tous les 4000 mètres à la ronde dont le Mont-Blanc, les espaces bucoliques ont cédé la place à un univers glaciaire de toute beauté. Entre ciel et terre, l’attraction terrestre de cet immensément grand, proche des cieux et du divin, vous aspire dans un vide dénué de tout bon sens cartésien.

Ici, c’est la nature qui vous souffle ses derniers mots, se débarrassant de vos pensées les plus urbaines dans les vallées de basse altitude. Dans ce territoire où chaque vallée communique avec l’autre par un sentier, on prend conscience que les éléments et les écosystèmes de la Terre sont tous reliés et tous dépendants les uns des autres. Plus on laisse son regard se perdre à l’horizon, plus on se sent indirectement lié à ce complexe système terrestre.

Alors, peut-on réussir véritablement à se déconnecter, même partiellement, de ce monde vivant dans lequel nous avons tous une place, si infime soit-elle ? Plutôt que de vouloir se déconnecter, n’avons-nous tous pas au contraire un rôle à jouer, afin de maintenir le fragile équilibre entre l’homme et la nature ?

 

Tour du Val d’Hérens, itinérance réalisée en 4 jours

  • Jour 1 : Vex > Thyon 4 Vallées (bus) – Randonnée > Grande Dixence > Transfert bus à Mandelon
  • Jour 2 : Randonnée Mandelon > Lac d’Arbey > Evolène
  • Jour 3 : Evolène > St-Martin (bus postal) > La Vieille (bus postal) – Randonnée > Becs de Bossons
  • Jour 4 : Randonnée Becs de Bossons > Saint-Martin > La Luette

ADRESSES UTILES

http://www.touruval.ch => L’Association de tourisme rural en Valais

https://www.valdherens.ch/ 

https://patricia-almeida.com/

Hébergements

Publicités

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s