Un thé au Sahara : un parfum d’espoir sur une mer de dunes en sursis

Tandis que l’on accueille avec beaucoup d’enthousiasme la réouverture de la destination Mauritanie, réveillant ainsi plus d’un souvenir chaleureux chez tous les randonneurs amoureux du Sahel, est venue cette idée de me poser dans les dunes le temps d’un bivouac.

Plateaux lunaires, aridité des Djebels et immensités des ergs… Entre ciel et sable, de fabuleux contrastes viennent interrompre le temps, aussi délicatement que le souffle du vent sculpte avec dextérité les courbes voluptueuses des dunes.

Si le décor se fige sous la puissance des lumières ou la magie d’un bivouac à ciel ouvert sous une nuit étoilée, la saveur d’une itinérance dans le désert, c’est aussi la saveur du thé.

Sur le sacre du thé, boisson divine aux 1000 vertus…

Et, dans un pays où la soif prend une dimension particulièrement sacrée, le plaisir de s’hydrater pour des corps écrasés par la chaleur passe par ce rituel aussi convivial que symbolique, une fois, les besoins physiologiques (faim, soif, fatigue) liés au climat et à l’environnement assouvis.

Rituel d’accueil, de détente ou de négociation, le cérémonial des 3 thés est souvent associé à l’hospitalité inhérente à la culture berbère, créant avec un lien fort avec une tradition ancestrale qui s’accompagne de poèmes, de chants et de proverbes anciens.

Longue séance qui se vit comme un moment de partage et d’échange dans une mise en scène pleine d’authenticité, ce rituel allie autant fascination que découverte, autour d’un imaginaire qui lui est propre et où tous les sens s’associent pour un plaisir décuplé.

Plus qu’une coutume, le cérémonial du thé au Sahara rétablit cet équilibre si fragile difficile à préserver dans un milieu relativement hostile.

Le thé, cet élixir des oasis venu de l’autre côté des frontières…

Selon le témoignage de Victor Largeau, officier et explorateur français chargé de cartographier l’itinéraire qui traversait le Sahara jusqu’aux possessions françaises d’Afrique du Nord et d’Afrique noire, le thé n’a pris ses quartiers dans le désert qu’à partir des années 1940, introduit en Afrique par le Maroc (Essaouira) et la Mauritanie.

Considéré initialement comme un produit de luxe venu de loin, le thé est d’abord servi dans la haute noblesse sur son plateau de cuivre avec son service en verre sophistiqué. Réservé principalement aux hommes, les femmes ne peuvent y goûter que lors des grandes occasions seulement. A l’inverse, dans les oasis, il s’est popularisé avec une passion pleine de sagesse et de philosophie.

Servir le thé : du cérémonial à la précision du geste…

Servie froide dans certaines oasis, l’eau ordinairement bouillie se verse sur un bouquet de longues feuilles de thé (= chaâra) et de feuilles rondes (= mkâabar), mélangé à une généreuse poignée de menthe séchée et de menthe fraîche.

Posée sur la braise une quinzaine de minutes, la théière s’éprend de toute la chaleur, pendant que le thé infuse allégrement, libérant ainsi toutes ses vertus dans le fameux breuvage.

Puis, dans un exercice alliant maîtrise et beauté du geste, le contenu est transvasé dans une seconde théière sur les feuilles de menthe fraîche, avant d’être de nouveau versé à son tour dans les verres puis dans la théière, cela jusqu’à ce que la boisson se garnisse de mousse. Plus le liquide forme une longue cascade, plus l’amertume est coupée et la mousse abondante.

Se prenant généralement sans sucre ajouté, le premier verre (= Lerrass ou Tekyaf) surprend pas sa saveur mi âpre mi amère. Délicatement parfumé et sucré, le second verre (= Lemnaânaâ) peut être aromatisé de clous de girofle. Le troisième verre (= Ettali ou Lekhfif) beaucoup plus léger et extrêmement sucré se savoure avec gourmandise.

Entre chaque verre, l’eau est continue à être chauffée pour que le thé puisse se boire toujours très chaud et par petites gorgées. Si le sucre adoucit l’amertume naturelle des feuilles de thé, les pignons agrémentent la dégustation, tandis que l’encens traditionnel égaye l’ambiance.

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On vous dit que le premier thé est amer comme la mort, le deuxième doux comme la vie et le troisième sucré comme l’amour… Alors, à quelques jours de la Saint-Valentin, à quel parfum succomberez-vous le plus vite : à la saveur douce et amer d’un thé à la menthe ou au parfum léger et aventureux de l’amour ?

Lorsque vous fermez les yeux, vous souvenez-vous du goût qui émane d’une itinérance entre dunes et oasis ? Quel parfum accompagne les réminiscences de votre aventure saharienne ?

Si cette humeur vagabonde étanche aujourd’hui en partie votre soif de Sahel, espérons seulement qu’elle parvienne demain à laisser ouverte cette fenêtre d’espoir sur l’avenir et la place du tourisme dans le désert… à quand le retour des heures de gloire des destinations sahariennes ?

Que cette incertitude nous laisse en bouche la légèreté d’un thé bien sucré, plutôt que l’amertume du regret et la nostalgie des années passées, synonymes d’oubli, d’indifférence et de désertion…

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« Le thé, c’est la boisson des dieux qui délie les langues et ouvre les cœurs ». Mohamed pour Henri Lhote

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