Festival de couleurs et de bonne humeur : le carnaval d’Oruro en Bolivie…

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Alors que les festivités ont illuminé les dernières journées de l’année 2015 d’une joie de vivre euphorique et d’une légèreté enfantine, le mois de janvier s’enveloppe d’un étrange climat de monotonie et d’impatience. Et après les fêtes, que se passe t’il lorsque la neige tarde à tomber ?

Les sollicitations d’évasion et de soleil à bon marché abondent dans les boîtes mails… Quel bon vivant un tant soit peu rêveur ne s’est-il pas aventuré sur un blog de voyage ou sur le site d’un tour opérateur pour se gorger de lumières ensoleillées et de senteurs enivrantes ?

Comment retrouver un peu de cette ferveur bouillonnante portée tantôt par la musique, tantôt par la danse et très souvent véhiculée par le métissage des peuples ?

Si le carnaval a perdu en France son caractère populaire au profit des bénéfices et des retombées économiques locales, exploitant l’événement comme une source de revenu, un facteur clé du développement touristique, cette festivité conserve Outre-Manche une authenticité toute autre.

Reflet d’un pays, de son histoire, mais aussi de ses cultures, le carnaval joue également un rôle de lien social, nécessaire pour soutenir la diversité que pour préserver l’identité de groupes ethniques, majoritaires ou minoritaires.

En Amérique du sud, à Oruro, une petite ville située entre les deux capitales de la Bolivie, la tradition perdure. Ici, le Carnaval qui précède de quelques semaines seulement le carnaval occidental, a été inscrit en 2008 au Patrimoine culturel de l’humanité par l’Unesco.

Avec plus de 200 000 spectateurs, parmi lesquels des touristes, des visiteurs et des Boliviens issus de l’Altiplano et de ses contreforts, le carnaval d’Oruro enflamme résolument toute la Bolivie…

Inspiré par des croyances chrétiennes et précolombiennes, il incarne la richesse culturelle de tout un pays, mettant en scène l’altérité à travers des festivités colorées, entre syncrétisme et surréalisme.

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Empreintes de la réalité construite au fil de l’histoire, notamment marquée par la période de la colonisation espagnole, les scènes associent les figures de la religion catholique à la cosmovision andine : la vierge incarne la déesse de la terre, la Pachamama et le diable la divinité de la montagne, le Tio Supay.

A l’occasion des célébrations, on fait honneur à la Virgén del Socavón (Vierge de la mine) de la Candelaría (Chandeleur), apparue miraculeusement dans une mine au XVIIIe siècle, en dressant une statue de 45 mètres de hauteur en son honneur.

Représentées par des costumes et des masques tous plus spectaculaires les uns que les autres, ces divinités et figures emblématiques de la vie et des scènes religieuses sont interprétées par plus de 20 000 danseurs et 10 000 musiciens durant une semaine entière.

Comme dans tous les carnavals, le diable, symbole de la lutte entre le bien et le mal, tient toujours un rôle important dans la danse… Mais la crainte du diable n’étant pas du tout répandue dans les croyances boliviennes, il prend dans ce carnaval une forme de figure d’adoration et de protection avec un visage très peu terrifiant.

Au-delà des personnages les plus singuliers, le carnaval d’Oruro se construit sur l’histoire qui a façonné le métissage d’un pays tout entier. Ainsi, la venue des esclaves africains pour le travail dans les mines lors de la colonisation fait aussi l’objet d’une célèbre danse pour le peuple bolivien : la Morenada. Personnage central de cette danse, la chola, la fille des esclaves noirs qui porte un chapeau blanc et un masque noir.

Issue de la culture Aymara, la danse Llamerada s’inspire de la vie quotidienne des indiens que l’on retrouve sur les hauts plateaux andins au Pérou, pour la plupart des éleveurs de lamas dans l’altiplano bolivien.

Plus sensuelle, la danse des Caporales joue de ses charmes pour symboliser la séduction par excellence… Lorsque coquetterie et chorégraphie puisent leur inspiration dans la nature, il en résulte une danse extrêmement sensuelle, riche en significations.

Mais, outre les symboliques, ce sont également les animaux qui jouent la figuration dans les processions et les danses.

Provenant d’un conte Chachapoya (une civilisation du nord Pérou), Juan Puma, mi-homme mi-animal, né de cet ours qui a enlevé une jeune fille, est doté de forces surnaturelles. Personnalité pourtant effrayante assimilée au diable, Juan Puma se tourne vers les villageois pour les aider et les protéger.

Bêtes à cornes, représentations du serpent, les masques aux identités diverses incarnent tantôt des animaux sacrés, tantôt des animaux terrifiants ou encore très beaux.

Réalisés en feuilles, en bois, en papier mâché, à base de plantes, de toiles ou de fibre de verre : toutes les matières s’associent avec créativité pour former ici masques aux yeux exorbités ou là, des oreilles proéminentes et toujours des chevelures et des coiffes fantasmagoriques.

Aussi, de la laideur terrifiante à la beauté fascinante qui relève du sublime, les ornements et déguisements ornés d’or et d’argent emportent facilement les spectateurs dans un cortège dansé survolté, kaléidoscope de couleurs, de formes et de mouvements intemporels, entre réalité et irréel.

Dotées d’une grande créativité, ces divinations théâtralisées témoignent de la richesse et de la diversité de la culture bolivienne, preuve de sa vivacité au-delà de la globalisation de l’information et de la transformation des échanges entre les touristes et les populations locales.

Un carnaval aussi authentique qu’il reflète à lui seul la mosaïque ethnique des communautés de ce merveilleux pays, des Andes à l’Amazonie, à travers un voyage dans l’histoire construit sur le partage et la transmission…

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Message à tous ceux qui auraient la chance de traverser la Bolivie cet hiver : rendez-vous au Carnaval d’Oruro qui a lieu du 30 janvier au 7 février prochains, le temps d’une escale conviviale multicolore, à la rencontre d’un peuple fier de ses cultures et de ses traditions…

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2 réponses à “Festival de couleurs et de bonne humeur : le carnaval d’Oruro en Bolivie…

  1. Super article !!! Très enrichissant ! Merci
    Dites-moi, serait-il possible d’avoir votre adresse mail pour un contact privé ?
    Merci d’avance

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