Les paradis indiens du Panama

La Palma, Darien, Panama (mars 2011)

La Palma, Darien, Panama (mars 2011)

 

Les Paradis indiens du Panama (Mars 2011)

Au-delà de son Canal, ce petit pays d’Amérique centrale regorge d’une faune d’une incroyable richesse et de splendeurs naturelles. A la rencontre d’un peuple multiethniques, ce voyage s’enfonce dans l’épaisse jungle du Darien, là où se termine la panaméricaine, et fait escale chez les Emberas et les Kunas, des communautés indigènes aux traditions vivaces, avant de s’échouer sur les îlots miniatures des San Blas sur la Côte Caraïbes. Entre luxuriance des montagnes et la carte postale d’une robinsonnade sur une île paradisiaque frangée de cocotiers, ce circuit invite aux échanges et au dépaysement, à travers une aventure tropicale hors du commun, sur les traces des premiers explorateurs espagnols.

https://delautrecotede.wordpress.com/2013/12/13/rencontre-avec…nama-mars-2011

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PARADIS INDIENS
12 au 23 mars 2011

Après 4 ans et demi de vie sédentaire, me voici de nouveau sur les chemins du monde. Incroyable, mais bien en chair et en os dans le hall de l’aéroport de Nice, prête pour un vol « navette » parmi les nombreux « costards cravates » (autrement appelés « cadres sup » pour multinationales)…

Ce voyage lointain commence par un vol au-dessus des majestueuses Alpes qui ont revêtu leur blanc manteau, suivi d’un épisode ubuesque à l’aéroport d’Orly, ou comment quelques membres de l’équipe au sol se retrouvent en moins d’une minute bien démunis devant un container bagages lâché un peu trop vite dans le toboggan.

Résultat, ce container tombé en biais, entre le toboggan et la piste, demandera quelques forces vives pour être redressé et accroché au véhicule chargé de le ramener vers la salle de bagages de l’aéroport.

Que les Français sont ingénieux devant des situations qui dépassent vite le quotidien : merci à Air-France pour ce spectacle inédit, dont il fallait profiter en coulisses !!!!

A ce premier épisode aérien s’enchaîne une sympathique soirée parisienne, en compagnie de voyageurs expérimentés, dans un lieu de la capitale animé mais plus vraiment secret.

Un retour à des repères connus, même de quelques heures seulement est toujours profitable et suffisant pour entendre un peu de ces pulsations citadines que l’on n’oublie jamais.

Dernier geste coutumier, celui de charger son téléphone avant la nuit. Mais voilà, bien que répété quotidiennement, le destin a fait que mon téléphone restera endormi jusqu’au retour à la case « départ ».

L’inconscient a conduit à cet « isolement » prématuré, à quelques heures seulement du vrai et grand envol. A moi d’interpréter cet oubli enfantin, comme un geste. Je suis bel et bien prête à couper pour de bon tout lien avec mon entourage pour profiter pleinement de cette nouvelle aventure depuis si longtemps attendue et espérée, voire fantasmée.
A défaut d’entrer en communication avec mon foyer d’adoption, mon hôte animera en images un récit de voyages au cœur d’un désert d’herbes, comme les nommait si bien Alexandra David Néel, le Kazakhstan.

Voici qui me permettra de m’évader au pays de Morphée avec de multiples scénarios oniriques de bouts du monde, tels qu’ils nous font rêver et travailler notre imaginaire, bien au-delà de nos trivialités mondaines.

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5h30 pétantes ! Il est temps et rapidement, s’il vous plaît, d’enfiler pantalon, veste et chaussures dans le bon ordre afin de partir du bon pied en direction de l’aéroport CDG II.

A la Gare du Nord, les couloirs et les quais du RER B sont déjà fort animés et empruntés par d’autres individus équipés de valises et de sacs à dos, le regard enfariné mais les yeux brillants d’impatience.

Charles-de-Gaulle II, Porte 6. Je profite de mon arrivée matinale pour enregistrer librement et surtout rapidement avant le grand rush.
Bien évidemment, je ne serais pas seule dans ce BOEING !

AMERICAN AIRLINES débite à grand galop et d’une diction incompréhensible – pourtant en langue française -, une liste sans fin de questions absurdes, comme par exemple : « mais qui a préparé votre valise ? quelqu’un vous a t’il prêté quelque chose ? mais êtes-vous sûre de bien connaître cette personne ?

10 heures, autant d’heures qu’une journée de travail bien remplie, sauf que celle-ci s’annonce plus passive qu’aucune autre. Un véritable supplice si cet effort relevant d’un statisme maximal n’était pas récompensé par la surprise finale, lors du tout dernier atterrissage…

Heureusement, avec un peu de diplomatie et d’argumentation venue de nulle part, aideront à éloigner ses appréhensions sur le vol et surtout l’aspect sécuritaire de l’avion (notamment et surtout la vision apocalyptique d’un crash).

Et, comme les voyages offrent toujours d’étonnantes coïncidences – comme si tout n’avait lieu que sous une belle étoile -, nous nous découvrons un réel point commun : une maison de vacances à Saint-Lunaire !
Voici comment, grâce à ce point commun affectif majeur, je saurais me passer des divertissements à l’américaine totalement absurdes, encore plus idiots que tous les clichés conçus sans réflexion ni références.

Un programme absolument ridicule (même si, soi-disant, « rien de rien, ne tue le ridicule », j’avoue que la dose de mayonnaise est fort relevée et impossible à ingérer…).

Heureusement, comme l’avait si bien prédit ma chère cadette, la pizza « made in America » servie quelques heures avant l’atterrissage mettra fin à ce dégoût de la culture (audiovisuelle ou devrais-je dire « télévisée » ?) 100% US.

Quant au second point avancé par cette jeune sœur fort informée, il sera également confirmé dès que j’aurais posé, tel Armstrong rebondissant d’un cratère lunaire à un autre, mon 1er pied sur ce territoire longtemps fantasmé comme « le rêve Américain »…

Oui, Agathe, ce jeune homme sympathique au sourire ultra-bright qui s’est contenté des procédures administratives syndicales (à savoir le contrôle des papiers, suivi de l’empreinte des pouces et des mains gauches et droites), parlait avec un léger accent latino très certainement mexicain.

Finalement, les autorités locales de ce pays aux exigences douanières intransigeantes, manqueront à leur réputation internationale, car ce sera sans difficultés que je commencerais une errance sans fin à travers les kilomètres de couloirs de l’aéroport de Miami – cette ville nouvelle aux multiples canaux en grande partie construite sur l’eau – conçus sur un modèle identique, alternance d’enseignes de restaurations rapides.

Cette escale à plus ou moins court terme tellement aseptisée verra sa fin dès lors que nous embarquerons au milieu d’une clientèle assez métissée pour un vol de 3h animé (l’Espagnol étant une langue qui ne se parle ni lentement ni doucement…) afin de rejoindre l’Amérique Centrale.

Au vu du décalage horaire, juste trop perceptible pour tout organisme normalement constitué, les épisodes manqueront de clarté et de cohérence, tant du point de vue des informations que de la notion spatio-temporelle.

Me voici presque (devrais-je dire « enfin » après plus de 12 heures de voyage) dans les bras de Morphée, alors que l’accueil panaméen dans la moiteur tropicale d’une file chaotique et presque anarchique, demandera encore bien des efforts pressentis comme surhumains.

Tandis que l’on souhaiterait s’étaler dans un large lit douillet pour de longues heures, la douane locale, bien moins sympathique que ses compatriotes américains, ne fera pas preuve de grande compréhension face à de gentils touristes, certes heureux d’arriver à destination, mais surtout désireux de se reposer.

Les poules en cage ne recevront pas de traitement meilleur, la crainte de toutes les maladies aviaires étant médiatisée sur grand format dans tout le Panama.

Lorsque les bagages arrivent au complet et sans tarder (EUX !!! Bien sûr, ils n’ont pas de passeport ni de bagages linguistiques à démontrer), nous nous installerons, comme 6 rescapés, sans mot dire, sur les banquettes en skaï d’un trafic ordinaire.

Pourtant, autour de nous, on ne peut dénombrer ces difformes 4×4 luxueux avec vitres teintées (bienvenido en Amérique du Sud !!!) qui s’engagent sur la route à grande vitesse.

Ici, la priorité est donnée (sans code de la route, j’en doute…) à celui qui arrive le plus vite aux embranchements et s’introduit sans ralentir ni même contrôler les véhicules de son entourage, à vitesse constante.

Après ce parcours à la « Starsky et Hutch » dans un quartier résidentiel composé d’haciendas bien closes (clôtures et portails repoussent assurément tous curieux d’une visite à l’improviste…) et toutes équipées de ce monstre à 4 roues, le « Baru Lodge », une adresse pleine de charme en retrait des gratte-ciels futuristes, nous accueillera pour une nuit ô combien courte, due à l’empreinte de l’heure française dans nos horloges biologiques…

4h30 du matin à Paris et 22h30 au Panama où nous sommes bel et bien arrivés après – damned !!! – 22h de voyage !

http://barulodge.com/

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Ce ne sera pas le bruit qui nous réveillera à l’aube, dès 3h30 précisément puisque le « Baru Lodge » s’avère être une adresse particulièrement calme.

Le fenêtre étant légèrement ouverte, nous sommes bercées par le doux chant d’une fontaine et de quelques oiseaux matinaux.

Le système de climatisation étant en panne, du moins depuis la veille au soir, la chambre dégage une certaine moiteur, à l’image du climat tropical propre à la saison en cours.

La chambre donne sur un coquet jardin ombragé, dans lequel de grands arbres fruitiers exotiques et une fontaine rafraîchissent ces lieux sereins et non dénués de charme.

Cependant, la hâte de partir explorer l’est du pays commence à nous animer, en même temps que se lève le soleil… Pourtant, nous avons posé nos bagages il y a quelques heures seulement …

Briefing du matin… nous sommes prêts et fraîchement réveillés pour un planning totalement revisité par Mister Michel Puech, le fondateur d’Exotic Adventures, l’une des deux seules agences françaises qui explorent le Darien.

En effet, en cette période de carnaval, les avions souvent complets, notre circuit a été modifié, au gré de nouveaux imprévus à venir…

Un charmant chauffeur 100 % latino et au sourire ultra-bright (après le sosie de Compay Segundo la veille au soir…) nous conduit, au rythme de la musique latine en quelques heures de voyage, en direction de l’extrême est du pays, : Venga, Venga, P-A-N-A-M-A !!!!!!!!!!!!!!!!

A nous la Panaméricaine, cette route mythique qui relie l’Alaska à la Terre de Feu et qui ne s’interrompt uniquement qu’à Yaviza dans le Darien pour reprendre quelques kilomètres après la frontière colombienne.

Les 4 voies bordées de tours ultra-contemporaines à la « size Girafe », se transforment rapidement en une route à sens unique, détruite par endroits suite aux fortes précipitations qui ont frappé le pays au mois de décembre.

Encore plus vite et presque sans transition, le paysage citadin de bord de mer (le long de la Côte Pacifique), change de gamme chromatique, laissant la place à un cadre champêtre et agricole particulièrement verdoyant.

Le long de cette route ombragée et bordée d’arbres exotiques majestueux, hommes et femmes reviennent des champs qui patientent dans ces abris de bus fort animés et construits autour de mini snacks de fruits, de légumes ou de confiseries.

Les bus multicolores aux peintures vives arrivent à folle allure, la musique assez forte pour faire profiter les passants.

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Les nombreuses épiceries de tout et de rien cèdent la place à de grands espaces tantôt brûlés (la culture du brûlis étant hélas présente dans de nombreux pays qui renoncent à la préservation de l’environnement au profit de la nécessité de se nourrir), tantôt à de petites collines au kaléidoscope de verts intenses.

Sur leurs chevaux, les hommes dressent leurs montures avec la même fierté que des cow-boys cubains. Ainsi, ils se déplacent pour transporter du bois, du matériel ou encore remplir un bidon essence dans la station service du coin.

Attention, pauvres chevaux, l’abus du pétrole est dangereux pour la santé, notamment pour la vitalité de la crinière…

Nous voici donc en plein cœur d’un véritable Far-West panaméen où la route et les plantations sont dominées par d’imposantes haciendas.

Encore peu nombreuses mais déjà visibles en bordure de route, les maisons traditionnelles Wounaan construites en torchis sur pilotis.

Au-delà de ce fossé significatif en terme d’architecture, c’est la diversité ethnique et le métissage omniprésents qui nous surprend.

Peaux claires ou hâlées, visages indigènes ou latinos, nous avons cette impression de voyager tantôt à Cuba, tantôt en Argentine ou au Pérou.

Parmi les peuples indigènes que l’on croise au Panama, les indiens Embera qui habitent principalement dans le Pacifique Colombien descendent des Mayas, tandis que les indiens Kunas viennent d’Amazonie.

Le portrait type de la femme Panaméenne, c’est la rondeur, mais aussi la coquetterie et un sens de la féminité assez cultivé. Les femmes sont rondes mais coquettes, vêtues de shorts ou de jupes portées très courts.

Un joli melting-pot harmonieux et original !

Au court de notre route, nos arrêts seront ponctués de haltes imposées, soit, au total 4 postes de police sur les 300 kilomètres parcourus.

Malheureusement, l’un d’entre eux nous fera perdre presque deux heures, nous laissant dans l’expectative de devoir faire demi-tour.

Une très longue négociation s’est ici imposée avec une équipe de police exigeante et pointilleuse sur des papiers impossibles à récupérer auprès d’administratifs, surtout un dimanche !

Mais, à l’entrée du Darien, région où des milices/patrouilles colombiennes font des incursions plus ou moins lointaines, la police panaméenne a besoin de faire entendre son pouvoir, à commencer par les passe droits d’un groupe de 6 européens en voyage, peu effrayés par les risques encourus, si près de la frontière colombienne.

Heureusement, le charme de notre passeuse locale, j’ai nommé Yessica, sera un atout supplémentaire, voire décisif, pour nous défaire des mains de ces policiers peu engageants, nous permettant ainsi de rejoindre à Meteti, le lodge « Filo Del Tallo », un splendide endroit conçu sur le modèle des habitations Wounaan et jouissant d’une vue exceptionnelle panoramique.

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Un véritable petit paradis, niché juste aux portes d’une forêt primaire, que nous partirons explorer en fin de journée, histoire de profiter d’un point de vue splendide, à l’heure du coucher du soleil.

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En emportant en souvenir une jolie grimpette suffisante pour croiser quelques belles araignées et d’engager la conversation avec une famille de singes, le tout dans un taux d’humidité maximum.

Cette incursion en jungle quelque peu sportive, nous rassemblera autour d’une conversation enjouée et fort conviviale à l’heure du dîner, durant lequel résonneront les fou-rires doublement alimentés par un délicieux rhum ambré !
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Les sons de la nature en éveil nous préparent en douceur à cette nouvelle journée qui s’annonce matinale.

Singes hurleurs, oiseaux et coqs chanteurs, c’est une chorale vivante qui nous réveille de très bonne heure.

Agréable et ressourçant moment que l’on souhaiterait passer sur la terrasse en teck, face à ce splendide paysage de savane à perte de vue.

Un remake de « Out of Afrika » sans les fauves, les cris des panthères étant juste substitués par les airs de reggaeton qui animent notre grand hall-restaurant panoramique à ciel ouvert.

Un petit écureuil, totalement inoffensif, malin et espiègle, nous convie dans son jeu, de bungalow en bungalow.

Puis, un taxi privé nous descend du Lodge Filo Del Tallo jusqu’à la route, où nous attend, pour plus de confort, un second véhicule.

Mais c’est presque avec regret que nous n’avons parcouru à pied cet agréable chemin qui sinue à travers les élevages de zébus et de vaches dans un paysage mi-champêtre mi-cultivé dans une propriété tout plein de charme !

Dans nos taxis respectifs, nous traversons Meteti puis nous éloignons à travers la campagne pour rejoindre le Rio Lagarto.

Sous une chaleur plombée, nous observons une famille Embera se reposer avec nonchalance sur la terrasse supérieure de sa maison sur pilotis.

Pendant ce temps, l’équipe masculine se charge de préparer notre embarcation, une longue pirogue assez profonde et remplie de petits casiers en guise de tabourets, destinée à nous mener, au gré de l’eau et des courants, des obstacles et des surprises, à la découverte de l’écosystème du Rio Lagarto et ce, durant 6 heures d’affilée.

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Nous voici donc partis, de façon très passive, sur les eaux fort calmes d’une rivière peuplée d’oiseaux exotiques en tous genres et de toutes les couleurs.
Les petits lézards apprécient énormément la fraîcheur de l’eau et se jettent sans arrêt, en tous sens, dans le fleuve.

Une tortue et 5 caïmans plus tard, cette navigation recèle bien des rencontres au fil de l’eau et au hasard des canaux, et surtout grand nombre de trésors naturels que nous observons, au-delà de la vie des villages sur la berge.

Sans oublier les nombreuses mésaventures qu’il nous arrive, dont la multitude d’obstacles qui se présentent devant notre embarcation.

Là encore, c’est la preuve que nous ne remontons pas une rivière « attrape-touristes », mais bien un site très peu fréquenté, y compris par les autochtones, et ce depuis plusieurs mois, à en voir les tonnes de bois mort qui nous coupent la route.

En effet, ce sont des troncs d’arbres entiers qui se trouvent en travers de notre chemin, certainement effondrés là depuis la grosse tempête du mois de décembre. Que de ravages  et de bois pour les feux de cheminée !

Mais, vu les températures, on rêve plutôt de baignade rafraîchissante que de la chaleur d’un feu de bois !

Heureusement, notre équipage fera preuve d’équilibre, d’audace et de force pour couper à la hache le bois excédent qui obstrue l’unique passage dans la rivière.

Bienvenue, le pique-nique sur une plage de galets dans le silence (ou presque) de la nature.

A défaut de navigation, les indigènes se contentent de baignades et des joies de la pêche, au pied de leurs villages ; ils semblent peu s’aventurer jusqu’à la ville, ou exclusivement pour garnir leur garde-manger.

Sur le chemin du retour, nous emporterons avec nous quelques dents de caïmans, ainsi qu’une jeune (très jeune) femme et son enfant de 2 ans jusqu’à la gare routière de Méteti.

Après cette périlleuse aventure fluviale, nous sommes récompensés par la plénitude du lodge et son accueil insolite et toujours aussi sympathique de nos amis, Luis et Becky ou la bonne humeur à toute heure !
Un vrai plaisir que nous partageons ce soir encore avec les rires fort spontanés de tous, y compris avec la mère et la fille de notre guide à la taille de guêpe, Yesica.

Place au rhum ambré pour de belles histoires bien arrosées et de jolis rêves en perspective, sous les étoiles…

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Après un deuxième réveil en musique, dans une ambiance « mora-mora », l’heure du départ approche…laissant la perspective d’une première séparation fort regrettée : Loulou, tu vas nous manquer !!!!!!

Tous d’accord pour garder ce grand garçon métisse au look « dégaine », nous avons du mal à imaginer la suite de nos aventures sans sa compagnie…

Toujours encore plus vers l’est, nous poursuivons notre route à travers le Darien, en direction de la frontière colombienne.

Un ultime passage ce matin au poste de police voisin… sans ennuis, cette fois-ci jusqu’à l’embarcadère des lanchas.

Au passage, on jette un œil sur l’affiche 4×3 qui recense toutes les personnes recherchées, disparues dans la région, ou un « Qui est-ce ? » Spécial Truands !

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Au vu des têtes d’escrocs qu’ils ont tous sans exception, cela nous rassure concernant de potentielles opportunités d’enlèvement en pleine jungle !
Ce n’est pas demain que nous rejoindront Ingrid !

Avec nous, nous embarquons une jeune Suisse allemande, blonde aux yeux clairs, qui semble en pèlerinage depuis de longues années en Amérique du sud. Nous en profitons donc pour récolter ses témoignages au sujet de Playa de Muerto, cette fameuse plage paradisiaque bien cachée par la jungle épaisse, terminus du trek (le vrai, celui-ci, par la balade « découverte » pour débutants…) que Nomade Aventure proposait jusqu’à l’été précédent.

Selon elle, si la route qui y mène peut s’avérer dangereuse et source de rencontres inopportunes avec les FARC, la baie sublime de Playa Muerto ne présente aucun danger.
A l‘exception, peut-être de quelques affaires de vols dont nous a parlé notre « Naomie Nationale« . Les guides étant les seuls cibles de ces gestes, comment peut-on interpréter le message ?

Par manque de compréhension, du en partie à la barrière de la langue, nous ne saurons jamais si Yesica avait pris l’habitude de dormir avec sa machette pour se protéger des FARC ou bien des jaguars et des panthères cachés dans la montagne.

La seule chose qui semble transparente, c’est le dénivelé de 1600 mètres pour accéder à ce paradis, auquel M. Puech, au nom de l’image de son agence, à décider de renoncer.

Beaucoup plus paisible, la traversée du Golfe San Miguel aux eaux exceptionnellement calmes, sous un soleil de plomb.

Et, bienvenue, la halte à la Palma, Capitale du Darien ou une bourgade fort animée construite entièrement sur pilotis, en front de mer.

Avec ses bungalows en bois et ses varangues aux couleurs vives, La Palma a des airs de Marie-Galante. Mi-créole, mi-cubaine et pourtant panaméenne, La Palma reste tout simplement hors du temps.

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Du kitch de la décoration des salons aux hamacs suspendus sur tous les balcons et les terrasses, sans oublier les poulaillers retirés dans les étages, au-dessus du linge qui sèche, voici un explosif mariage de vestiges coloniaux et de nonchalance créole, au visage « 100% spanish » et aux contours Embera…

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Les formalités administratives remplies, nous repartons pour la suite de la croisière sur le Golfe, coursant les cétacés du coin.

Petite pause ludique « Marineland » au bout du monde et tout le long de la côte, où nous jouons à cache-cache avec les dauphins.

C’est au milieu de nulle part, mais bien en pleine mer, que nous confierons par la suite notre nouvelle amie suisse à ses amis autochtones.
Une barque de pêcheurs viendra à notre rencontre la récupérer sans que, jamais, on ne devine d’où celle-ci a bien pu surgir.

Quand le bateau entamera son entrée dans les terres (enfin, les marais où il n’y a toujours pas âme qui vive…), le paysage commencera à se transformer petit à petit ; quittant la mer, nous pénétrons peu à peu les marécages, au cœur d’une végétation luxuriante.

Autour de nous, des bolongs dominés par de hauts cocotiers et autres arbres exotiques odorants qui se reflètent avec beauté sur les eaux émeraudes du Rio Sambu.

A l’exception de quelques bateaux de pêcheurs à qui nous essayeront d’acheter du poisson frais pêché à la minute, la présence humaine se fait décidément fort discrète !

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Jusqu’au moment où nous débarquerons sur une berge bordée de quelques habitations que l’on devine derrière la végétation.

Bien échoués à l’entrée du Parc National du Darien et planqués en plein marécages, nous voici à Sambu pour une durée plus longue que prévu.

A jeun et à une heure déjà avancée, la chaleur nous écrase totalement.
Ainsi, les maigres efforts que nous serons contraints de fournir pour porter nos sacs jusqu’à notre pension d’adoption sembleront disproportionnés.

Notre pension ? Une maison verte et blanche assez large, de type coloniale, placée en face d’un grand et vieux manguier très certainement centenaire, qui fait ici office de « place du village »…

Mais, entre l’hôtel et cet arbre céleste, c’est une piste d’aéroport qui nous sépare ; une position fort stratégique pour se mettre au courant de tous les potins de quartier.
Le confort est sommaire et le standard très local, mais l’accueil non moins chaleureux.

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La terrasse supérieure sera la bienvenue (pour ne pas dire notre « meilleure amie », durant les longues heures de discussion entre Yesica et la police locale, dans le but, toujours, d’obtenir des permis d’entrée en territoire Embera (soit dans le cœur du Parc National du Darien).

Mais sans succès; la police est formelle !!!
Nous savons même évoqué toutes les solutions possibles : se faire accompagner par un agent de police pour rejoindre le village, utiliser la pirogue plutôt que de se risquer à pied (je rappelle, autant de discussions pour seulement… 4 heures de marche !), mais, rien à faire !

Les policiers prétendent qu’il est beaucoup trop dangereux de s’aventurer en jungle et qu’il est impossible de connaître précisément les chemins empruntés par les FARC.

Est-ce là une raison crédible ? Fondée ?
Ne peut-on pas un instant imaginer les autorités locales inventer un scénario pour empêcher les minorités à développer leur propre économie, comme selon le modèle des Kunas, le 1er territoire autonome indien ?

Selon Yesica, un couple d’Européens se serait aventuré sans respecter leurs engagements quant à la date de leur retour.
Par ailleurs, elle pense que le tampon manquant sur les papiers « passe-partout » n’a pas joué en notre faveur.

Même l’argent n’intéresse pas nos deux agents déterminés ; n’est-ce pas là la preuve que l’Amérique du sud n’est pas aussi corrompue que sa réputation le certifie ?

Faute de rencontrer les indiens Emberas dans un environnement « 100% nature », nous partons découvrir Puerto Indio, le 1er village Embera situé de l’autre côté du pont qui sépare les deux territoires.

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Malgré l’équipement électrique dans tout le village, les points communs avec notre quotidien sont peu nombreux !

Les personnes âgées portent même le pagne comme seul attribut, se promenant torse-nu dans leur jardin.

Des échelles admirablement sculptées à la verticale, permettent d’atteindre la pièce unique des maisons construites sur pilotis.

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Par contre, les enfants les plus jeunes possèdent même chacun leurs propres petits vélos. Quant aux bébés, certains ont ce privilège, à savoir celui de se faire promener en poussette à travers le village.

Dans les jardins et sous les pilotis des maisons où sèche le linge, les plus grands jouent à moitié nus, simplement vêtus de la « jupe Embera », ce paréo fleuri aux couleurs flashy et noué à la taille.
Les femmes aussi portent la traditionnelle jupe très colorée, juste au-dessus des genoux, laissant apparaître leurs rondeurs légendaires.

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Nous nous invitons chez un 1er hôte d’honneur : la sorcière Thérèsa qui nous fera part – à défaut de transmission – de ses pouvoirs et de son statut dans la région.

Puis, nous irons de maison en maison jusqu’au terrain de basket où deux équipes s’affrontent en toute convivialité, pour rencontrer celui qui sera « notre homme » à Sambu ! Notre « sauveur » dévoué et avenant, nous proposera excursions et activités en remplacement à ce séjour à Rio Tigre.

Bien entendu, cela ne fera pas apparaître nos permis pour autant !
Ni retrouver à cet homme de Rio Tigre, doux et impassible, un sourire empli d’espoir, alors qu’il a fait la route jusqu’à Sambu depuis hier pour nous accompagner dans son village !

Les espoirs resteront jusqu’au rendez-vous téléphonique fixé le soir même avec Michel Puech, soi-disant en pleine discussion avec « le chef de la police » de Meteti.

D’ici-là, nous aurons le temps d’apprécier le spectacle de l’atterrissage d’un avion de ligne (pas bien grand…), qui se posera juste sous nos yeux, dans un terrible terrassement.

Le temps également, de noyer nos espoirs dans quelques verres de rhum après une première averse tropicale !

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Née avec les poules, j’ai encore choisi ma chambre par affinité avec les poules voisines, ma fenêtre donnant exactement au-dessus d’un poulailler assez matinal.

Les chants se succèdent à intervalles irréguliers à partir de 4 heures du matin. Le soleil, lui, ne suis pas et se lève quand bon l’entend.

Matinales que nous sommes, nous partons palper un peu du quotidien Embera, à une heure à laquelle la journée ne fait que commencer.

7h : la cloche sonne déjà pour les écoliers, mais beaucoup ne semblent pas très convaincus et marchent à reculons, sans soucier des dizaines de minutes de retard.

Avec leurs uniformes bleus et blancs, leurs chaussettes blanches « ultra-bright » rentrées dans leurs chaussures bleu marine, les enfants ressemblent à de petits anges.

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Les plus jeunes portent le tablier au-dessus de leur chemise d’un blanc émail, mais ne possèdent pas encore le sac-à-dos offert par l’état.

A peine entrés dans leur classe, les plus curieux s’échappent à l’extérieur espionner les classes voisines. Finalement, derrière leurs uniformes de « 1er de la classe », ces enfants sont tous espiègles !!

Nous aidons deux d’entre eux à remettre une chaîne de vélo.
Ces deux jeunes filles avaient quitté l’école – à peine commencée – pour aller récupérer les lunettes de leur professeur.

Petit à petit, nous commençons à agrandir notre cercle de connaissances.
La voisine qui, gentiment, nous a proposé un peu d’eau pour nous laver les mains graisseuses, nous présente à son ami, lorsque nous lui expliquons que la police ne nous a pas donné les permis pour le Parc National. Ce sympathique monsieur nous conduit à deux autres personnes qui nous amènent à leur tour jusqu’à la maison du chef du village.

La boucle se referme ici puisque c’est avec cette personne précisément que Yesica avait discuté la veille au soir. Nos espoirs seront vains ; impossible de contourner la décision de la police !

D’ailleurs, le jeune ingénieur Américain prénommé « Nicolas », en mission humanitaire à Sambu pour améliorer l’accès et la qualité de l’eau courante, nous confirme ce fait.

Pas besoin de créer des problèmes à l’un des villageois que la police retrouverait par la suite, en exigeant notre retour !

Peu importe finalement cette fatalité ; nous sommes déjà heureux de nos rencontres matinales et de nous apercevoir que tout le village était prêt à nous aider et cela en moins d’une petite demi-heure ! Preuve que les indiens de Rio Indio ont un sens du service extrêmement développé !
A défaut d’un trek dans la forêt jusqu’à Rio Tigre sur les traces des FARC, nous partons bien chaussés pour une petite promenade dans la luxuriante végétation.

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A travers de jolies cultures de bananiers et de caféiers aux senteurs multiples, nous évacuons nos litres de rhum absorbés depuis le début du séjour. Petit à petit, la forêt se ressert et nous voici dans la jungle, slalomant à travers les toiles d’araignée. Un majestueux toucan nous observe du haut d’un cocotier, suivi du rire railleur et narquois de minuscules colibris. Mais c’est au fin fond du chemin – qui mène à une impasse – qu’une nouvelle rencontre nous laisse de marbre. Nous voici face à face avec une colonie de caïmans en pleine séance de cours de natation à la piscine municipale du coin.

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Attention, vous êtes épiés et ce, dangereusement !!!

Sur le chemin du retour, nous faisons la connaissance d’un adorable serpent vert fluo, très fin et fort agile.

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Pour nous remettre de nos émotions, notre guide nous conduit jusqu’à sa maison, où il nous présente sa femme. Nous dégustons des haricots coton et boire du lait de coco ; une pause sucrée bienvenue avant le déjeuner dans notre famille d’adoption Embera. Nous y serons accueillis à bras ouverts pour goûter la soupe de poulet locale.

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Après le repas, nous prolongerons notre « séjour » dans cette maison sur pilotis le temps d’une violente averse,

Suffisamment longtemps pour servir de cobayes ! Une fois recouverts de nos peintures tribales, nous serons définitivement adoptés, y compris par le plus jeune enfant de la maison, un petit bonhomme de 3 ans bien espiègle.

Il s’amusera à nous prendre pour cible avec son arc Embera jusqu’à ce que sonne la corne de brume.

Il sera temps de prendre congé de nos hôtes, l’heure étant venue pour les femmes du village, de nous présenter leur chefs d’œuvre d’artisanat.

Un appel, 2 appels, 3 appels… ici, nous sommes loin des vendeurs de rue et de plage qui harcèlent de toutes parts.
Le déballage se fait en toute discrétion et la vente de façon très passive ; du jamais vu !

Par contre, si les femmes ne font preuve d’aucune insistance, elles ne manquent pas de sens commercial, renonçant à de potentiels achats en échange de remises intéressantes. Les femmes Embera ne sont pas des marchandes de tapis ! D’ailleurs, leurs masques réputés dans le monde entier sont exposés au Musée des Arts premiers à Paris ainsi qu’à New-York.

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L’inventivité alliée au savoir-faire offrent des finitions parfaites, ne laissant que des acheteurs totalement satisfaits et convaincus.

Pas de jaloux, acheteurs ou non-acheteurs, la punition sera la même pour tous, à nous les joies de la rivière en radeau ! A ceux qui imaginaient se baigner (l’envie croissante de se rafraîchir devenant presque de l’ordre du fantasme…) dans une eau fraîche et limpide, c’est un autre rêve qui se concrétise.

Celui de l’aventurier qui descend à la force des bras les eaux tumultueuses des rapides sur une embarcation encore moins stable et étanche que les pirogues locales. La descente de la berge au radeau glissant comme une savonnette n’en sera pas moins folklorique.

Ensuite, il ne suffit plus qu’à s’habituer – sous l’œil toujours amusés des villageois – à cette eau marron et poisseuse qui s’infiltre sous nos shorts.

D’une rive emplie d’ordures ménagères, un chien au poil humide nous rejoint à la nage, histoire de continuer la descente en bonne compagnie, jusqu’à la destination finale.

Le baptême Embera une fois terminé, nous n’abuserons pas ou que très peu de ces quelques verres de rhum qui nous aideront rapidement à enchaîner quelques pas de salsa et de merengue sur la piste à ciel ouvert de la discothèque de Sambu !

Ce lieu de la fête sera à nous (hormis les quelques spectateurs qui n’oseront pas participer « à la danse ») jusqu’à la tombée de la nuit.
Un grand merci au DJ au look « branché » (marcel et pantalon large à pinces) qui nous réservera les meilleurs tubes pour terminer en beauté la journée.
Nos déceptions du jour presque enterrées, seule la maîtresse et patronne de notre pension s’inquiétera de notre « disparition » (entre d’excellentes mains, soit dit au passage… comme otage, je pense qu’il existe moins amusant !), après 22h30 sonné !

Aujourd’hui, notre journée se concentrera autour du manguier (vieux ou pas, j’ai du mal à estimer !) du village.

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Après une courte mais non moins intéressante visite de l’hôpital (fort bien tenu et très organisé), nous consacrerons notre matinée (et notre matinée seulement, car c’est avec une chance exceptionnelle que l’avion devrait atterrir aux environs de 12h30 au lieu de 16h), à observer la vie quotidienne de notre village d’accueil, avec nonchalance et insouciance.

Le bus jaune « Collagiales » charge et décharge des dizaines d’écoliers et de femmes de tous les âges. Parfois, la police qui fonctionne aussi sur ce rythme lent sans objectifs évidents, accompagne dans son pick-up, les villageois qui vivent dans des contrées plus reculées.

Un plus grand nombre encore de villageois emprunte la piste de l’aéroport, faisant de nombreux aller-retour, en traversant la piste en long, en large et en diagonale, avec ou sans but précis.

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La plupart se protège du soleil grâce à leur parapluie qui font office d’ombrelles.
Les femmes se lavent à toute heure au fond de leur cour et se couvrent d’un simple paréo après la toilette pour rentrer chez elles.

La vie est sereine en tous sens du terme, dans ce village qui ne recense aucune boutiques de souvenirs ni cyber cafés, mais seulement de petites épiceries (2 au plus !!) où l’on trouve de tout, y compris des boissons fraîches.

Si l’on erre à l’extrémité du village, on rejoint un sentier qui se poursuit à travers les plantations. Là-bas, tout y est encore plus paisible. Des vieillards à la peau usée et des femmes du même âge vous saluent, naturellement, d’un sourire sincère et généreux.

Dommage que la barrière de la langue freine autant les échanges, surtout lorsque l’envie d’entrer en contact se fait si grande et si simple ! Et, partout, beaucoup se prélassent dans leurs hamacs suspendus sur les terrasses ou dans la pièce unique sur pilotis.

Nonchalance et sérénité sont les deux maîtres mots qui résument parfaitement cette bourgade du bout du monde.

En fin de matinée, à 11 heures sonnées à peine, les enfants quittent l’école en tous sens. L’institutrice raccompagne les plus jeunes jusqu’au vieux manguier et ce jusqu’à ce qu’ils disparaissent au loin en petits groupes. Que ce temps d’insouciance et de sécurité absolue me paraît loin, tellement enfoui dans les souvenirs de notre enfance !

Depuis la terrasse de notre pension, nous pouvons aussi bien observer, mais avec la fraîcheur en moins.

Une dame fort apprêtée retient toute notre attention. A son costume et son maquillage, on pourrait imaginer une hôtesse de l’air ! Pourtant, cette profession s’avère encore totalement inconnue et surtout inutile sur les vols nationaux, notamment entre Panama City et Sambu !

Des enfants, principalement des garçons, font rouler leur brouette chargée de tous nos bagages jusqu’au centre de la piste.

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Cela sans signifier bien sûr, l’arrivée immédiate de notre avion. Ce sont tout de même les enfants qui, les premiers et avec de grands cris d’excitation, nous alerteront de l’atterrissage imminent.

Celui-ci s’exécutera après un virage à ras de la jungle, avant de passer juste au-dessus de nos têtes pour se poser à quelques mètres seulement de nous. Un spectacle saisissant qui mérite bien d’être partagé avec un village entier, même si celui-ci commence à s’habituer à ces vols quotidiens.

Pourtant, la joie semble générale et il règne une vraie excitation autour du passage de cet avion. Avec nous embarqueront quelques indiens, une poule et de nombreux présents alimentaires plus que calés (entassés ?) dans la cabine de pilotage.

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Efficace et fort expérimenté, le pilote décollera rapidement pour nous emmener, dans une forte odeur de kérosène, au-dessus de la forêt en direction du sud du Darien.
Et un mérite à ceux qui auront eu le temps d’apercevoir de loin (à défaut d’échanges authentiques…) le village de Rio Tigre où nous avons failli poser bagages !

Les premiers passagers (sur les 20 places disponibles au total) descendront dans ce village de brousse situé tout près de Playa Muerto.

Puis, c’est avec le même vrombissement que nous nous envolerons de nouveau jusqu’à Panama City (avec une descente à ras des autoroutes et voies rapides fort empruntées à cette heure de la journée…).

Une ville futuriste où se côtoient bidonvilles et gratte-ciels ultra modernes, le quartier des affaires et la vieille ville animée ; un étonnant mélange architectural basé en bord de mer et parfois sur l’eau (sur une bande de terre fine comme la largeur d’une 2 voies).

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Mais la ville étant si étendue, que nous la traverserons à très faible allure, au milieu des bus colorés et des 4×4 aux vitres teintées.

Dans les deux sens, les bouchons n’en finissent pas, ce qui nous laisse l’opportunité de visiter avec matraquage photographique la capitale, mais aussi d’apprécier, depuis Panama Vieja, la vue sur Panama Baie à l’heure du coucher du soleil…

Nous voici en même temps à la Havane et à Miami !

A Panama Vieja, dans les rues aux balcons en fer forgé, nous dégusterons Pina Colada et Mojitos dans une ambiance post coloniale.
Si c’est le premier soir où nous veillons si tard, c’est également le premier réveil si matinal : 3h45, comme des clandestins, nous embarquons pour une nouvelle aventure vers l’inconnu.

Si le soleil n’est pas encore levé, la ville commence déjà à s’animer. A l’aéroport, nous ne sommes qu’une poignée. Il est 5 heures !

A côté de nous, une vieille dame Kunas aux chevilles d’une maigreur maladive et à qui il semble reste juste assez de forces pour tenir assise.

Nos sacs sont inspectés de façon énergique jusqu’à ce que ma gourde commence à fuir sur le comptoir des contrôles douaniers.
Voilà qui ne fera qu’ajouter une grimace supplémentaire à cette équipe essentiellement féminine chargée ce matin du contrôle des contenus des bagages.

Le chien non plus n’ayant pas reniflé de substances interdites, nous sommes aptes à suivre l’agent qui nous a enregistré jusqu’à sur la piste.

Au préalable, nous avons été « triés » par groupes, « le groupe de Jésus », ai-je donc bien compris ?… et appelés un à un !

Une telle organisation pour nous répartir dans un avion encore plus minuscule que la veille. Tandis que le jour n’est toujours pas levé, on pourrait imaginer un commando clandestin !

Décollage avec ce bruit toujours étourdissant et la même odeur de kérosène pour nous envoler au-dessus d’un paysage toujours aussi sauvage, juste après avoir quitté Panama City. Soudain, l’avion descend vers une petite ville construite sur l’eau : Corazon de Jésus !!!!

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Au loin, les voiliers s’apprêtent à embarquer quelques dizaines de touristes pour une croisière dans l’archipel des San Blas.
Nous reconnaissons Antoine qui raccompagne une amie ou une future ex. client devenue amie ?

Nouveau départ, au grand désespoir de quelques-uns qui auraient préféré éviter un nouveau décollage et un nouvel atterrissage.

Le vol sera cette fois-ci encore plus court… c’est sur une île aéroport que nous nous posons, tandis qu’un groupement de jeunes touristes prendra le relais sur le chemin inverse.

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Pour notre part, nous ne nous attendions pas à un vent si violent…
Après un vol avec secousses assurées, la houle nous remercie de notre visite, durant une traversée d’environ 30 minutes (mais qui paraîtront beaucoup plus !).

A ce moment précis, je salue l’inventeur ingénieux de la cape de pluie.
Bien entendu, cela n’est pas sans me rappeler la traversée houleuse de 5 heures sur la côte est malgache (cf Vanilla Trek, oct. 2006).

Cette fois-ci, le bateau est bien plus (enfin, à peu de choses près) long et bâché, à notre faveur, même si nous arrivons bien arrosés à destination.

Après ce chanteur mondialement connu qui se sera fait pousser la barbe sur plus d’une île de rêve, et après grand nombre de routards égarés sur la côte Caraïbes du Panama, nous voici à Kuanidup !

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Cette île minuscule mais qui a fait la 1ère de couverture de l’un des nombreux livres de voyages d’Antoine… (excellente référence, je sais, mais tout de même, c’est important de le signaler !).

Kuanidup, une île pas tout-à-fait inhabitée où sont posés une dizaine de bungalows assez rudimentaires, derrière une lignée de cocotiers décorés de hamacs de toutes les couleurs.

Malgré les alizés qui soufflent particulièrement en mars-avril pour marquer le changement de saison (soit juste avant l’arrivée des moussons), nous voici livrés à une nouvelle vie de farniente et de repos.

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Coquillages & Crustacés, bienvenue chez les Robinson !

Nous apprécions la beauté des eaux cristallines dès lors qu’un rayon de soleil daigne apparaître, histoire de masquer un peu la fureur du vent.

Lire, écrire, jouer ou tout simplement buller dans les hamacs… ou encore explorer les fonds marins pour observer les poissons tropicaux sur les bancs de coraux.

Les îles sont relativement parsemées et leur éloignement favorise la quiétude des lieux, pourtant fort connue du touriste franco-allemand à sac-à-dos.

Tantôt, une averse nous rince ; tantôt, le soleil fait quelques apparitions à travers les nuages. Mais, même si le vent souffle d’une puissance indomptable, nous sommes ravis de profiter au frais des petits trésors de l’archipel, sans quoi nous finirions en brochettes sur le barbecue.

Trèves d’inquiétudes sur l’état de la mer, nous prendrons toutes nos précautions pour rejoindre Rio Sidra en passant devant Narasgandup (qui aurait pu nous héberger si sa voisine avait affiché « complet »).

Rio Sidra, petite bourgade de 300 habitants, grande comme un terrain de football est constituée d’un ensemble de baraquements faits de bric et de broc.

La proximité avec la terre ferme permet aux Kunas de se ravitailler sur le continent, mais aussi de pratiquer le commerce de métaux précieux (or et argent) et autres marchandises illicites.

Si leurs habitations restent sommaires, elles cachent – au-delà des écrans plats que l’on peut apercevoir à travers les fenêtres sans volets – des trésors encore plus inestimables.

Les femmes n’en portent que quelques indices qui d’agrémentent leurs tenues très colorées, dont de véritables parures en argent ciselé et des bagues clinquantes et volumineuses.

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Le dollar étant le mot de passe pour franchir chacune des maisons, nous ne percevons pas au premier contact que leur comportement de gène et de méfiance face aux touristes (essentiellement américains), cache en fait un geste de protection vis-à-vis du modernisme.

En effet, ce peuple matriarcal et autonome (= Comarca de Kuna Yala) est le premier et le seul à maintenir un territoire reconnu par le gouvernement et représenté au Conseil National.

Mais leur stratégie commerciale n’atteint pas l’arrogance des vendeurs marocains sur la Place Djema ‘El Fna. Ils ne sont même pas organisés en coopérative, et se contentent tout simplement de présenter leur travail devant chacune de leurs maisons.

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Pour nous consoler de cette première rencontre peu concluante, nous organisons un apéritif dans le sable, les pieds dans l’eau, en grignotant un peu de pain, histoire d’imbiber le rhum local.

Et ce n’est pas la maigre portion de maquereaux en boîte et de thon à la tomate qui nous tiendra jusqu’au bout de la nuit, alors que les aiguilles afficheront simplement 20h30 au moment de l’extinction des feux (quasi-générale…).

Le Robinson fait ce qui lui plaît !
La pluie et le vent n’ont pas fermé l’œil de la nuit, faisant trembler de tous côtés notre bungalow en raphia. Perchés sur les hauts cocotiers, les oiseaux chantonnent gaiement dès 6h du matin. Les crabes blancs qui nous font une visite matinale finiront-ils dans l’assiette ce soir ? Malgré le temps incertain ce matin, c’est une nouvelle robinsonnade qui commence.

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Le petit déjeuner n’est pas moins frugal que les autres repas de la journée. Qui sait si les quantités ne sont-elles pas proportionnelles à l’exercice pratiqué au cours de la journée ?

Aucun de nous n’est pas sans penser ironiquement au mauvais « copier-coller » du programme rédigé par Terdav, soit un dénivelé de 500 mètres prévu !

Ce chiffre correspond t’il :
a) A la hauteur de toutes les vagues cumulées sur l’ensemble des sorties en mer ?
b) Au dénivelé réalisé par notre avion entre les 2 destinations aériennes desservies lors de notre vol ?

Finalement, nous sommes aussi bien les pieds ensablés que trop chaussés, vu les températures journalières ! Un bain de sable et de sel sur fond de carte postale convoité par tous les amateurs d’eaux cristallines et de plages frangées de cocotiers !

Lorsque le vent se calme, nous pouvons apprécier davantage la richesse des eaux poissonneuses au-dessus du corail.

Le courant, moins violent, protège un véritable aquarium de toutes les couleurs. Ce spectacle est plus plaisant que celui des coraux brisés et échoués sur la rive de la côte exposée de l’île.

La légère accalmie ne suffit pas pour embarquer sur la lancha de service ou sur l’un de ces minuscules voiliers aux voiles cousues de mille tissus pour une exploration d’île en île.

Sacs poubelles et capes de pluie sont de rigueur, même si la traversée jusqu’à Isla Machina s’avère bien plus tranquille que nos expériences maritimes de la veille. L’accueil également sera aussi bien plus chaleureux qu’à Rio Sidra.

Notre première rencontre se tiendra dans ce qui fait office de mairie et destiné aux conseils entre les chefs de tous les villages de l’archipel, soit une grande pièce en bois et quelques bancs rudimentaires.

Nous aurons l’honneur de compter parmi nous dans l’assemblée, les 4 Chefs d’Isla Machina, dont trois d’entre eux, coiffés de chapeaux et cravatés, somnolent à demi dans les hamacs suspendus au cœur de la pièce. Encore des fans (ou sosies ?) de Compay Segundo qui, hélas, ne nous présenteront pas leur sourire édenté.

Un seul interprète sera chargé de nous parler de son village, des us-et-coutumes Kunas, tout en répondant à nos interrogations.

Seule question encore en suspens : comment font les Kunas pour faire des bébés en dormant dans les seuls hamacs qui leur servent de couche ?
Yesica s’amuse toujours de ce secret auquel elle n’a jamais obtenu de réponse.

Au vu du peu d’enfants par famille, soit 2 à 4 sur un total de 150 habitants, nous parions sur cette hypothèse pour expliquer le faible taux de natalité. A moins que ce ne soit le fruit d’une excellente campagne de contraception !

A Isla Machina, les enfants nous accueillent les bras ouverts, nous interpellent par des taquineries, des pitreries en tous genres et en nous exposant leurs prouesses de gymnastes (exclusivement réservées aux garçons !).

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Nous ferons cette fois-ci le tour de l’île, nous arrêtant ça et là pour échanger beaucoup plus naturellement que la veille.

Devant nous, les femmes réalisent des molas, ces tissus composés de multiples pièces de couleurs brodées en nombreuses couches.
Sans gêne, elles nous ouvrent les portes de leurs ateliers pour nous parler de leur savoir-faire. Des chutes de tissus tous plus vifs les uns que les autres suffisent pour finaliser – après 3 mois de travail intense – ces broderies représentant animaux et scènes de vie.

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Ces démonstrations remplaceront sans regret la petite danse organisée et prévue initialement pour notre venue. Mais l’agenda culturel n’a pas été mis à jour : deux séances seulement, les mercredis et les lundis !
Devant l’embarcadère où nous raccompagne la horde d’enfants bien excités par notre présence et notre visite, un bateau en provenance de Carthagène décharge sa cargaison de produits alimentaires (drogue incluse ou non en option ?) contre quelques kilos de noix de coco. Il s’agit d’une embarcation tout en bois fort rudimentaire qui fait davantage penser à ces « boats people » qui naviguent avec des surplus de poids considérables, que des cargos de marchandises.

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Au vu de notre toute petite expérience maritime, c’est tout-à-fait le type de bateau qui ne nous inspire que très peu confiance pour voyager en mer.

Les Kunas sont d’excellents commerçants et d’heureux trafiquants.
Grâce à leurs ressources naturelles, ils ont pu construire des chaînes d’hôtels sur le continent. Mais pourquoi donc continuer à vivre dans des habitations si sommaires, sur des îles emmenées à disparaître sous les eaux ?

Pour servir d’appât touristique grâce à leur artisanat mondialement connu et réputé pour sa qualité ?

(Au passage, un hommage à Horazio, le plus célèbre fabriquant de molas qui a distribué aux acheteurs sa carte de visite !)

Pour jouer aux marionnettes folkloriques grâce à leur costume traditionnel composé de tissus fleuris très colorés et de jambières de perles ?

Ou bien pour préserver réellement leurs traditions auxquelles ils sont si fièrement attachés ?

Foi de Kuna, je ne dévoilerais pas la réponse, même si, ce soir, nous sommes traités comme des rois.

Dîner royal (à fêter !) pour les papilles en manque de spécialités de la mer : langouste (1/2 tête par personne) et noix de coco ! Peu trop fiers de cette intention, nous remercions d’abord le ciel d’avoir été clément pour nous offrir une pêche si généreuse !

Puis, nous flânerons, admiratifs sous les reflets de la pleine lune, sous un premier ciel étoilé… quelque part, au milieu de nul part, sur notre île de Robinson. Sans songer ou presque au lendemain !

Kuanidup, Panama (mars 2011)
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Mais qui aurait pensé que les Robinson d’hier seraient les marins de demain ? Les étoiles, si scintillantes, si purement dessinées et visibles dans le ciel, ne nous avaient-elles pas promis un répit climatologique ?

Qu’à cela ne tienne, à présent, nous sommes rôdés ! Et, fort heureusement, grâce à la pleine lune, nous n’affronteront pas les éléments déchaînés dans la nuit noire.
Fermez les yeux, vous êtes trempés !

Bizutage à l’arrivée, rinçage au départ. Rien de plus efficace qu’une bonne douche d’eau de mer pour éveiller nos 5 sens à cette heure fort matinale.

… Kunas tu seras, marin tu resteras !

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Une réponse à “Les paradis indiens du Panama

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