Un été en cavale, sinon rien !

Quand l’esprit de fête s’emballe en même temps que la hausse des températures, les heures d’été riment avec vagabondage et libération des corps. Tantôt, celle-ci a lieu à travers les manifestations collectives festives : concerts, festivals, dîners, barbecues ou pique-niques. A l’inverse, elle peut parfois s’exprimer par une quête de tranquillité profonde et assumée. Avec en guise de de carte postale idéale, un cadre naturel aux charmes infinis, comme un fond de vallée, une prairie en fleurs, une crique déserte, etc…

Destination prisée pour ses théâtres antiques, la Sicile offre un réel bain de sociabilité, en même temps qu’un formidable terrain de jeu naturel, idéal pour la découverte terrestre ou balnéaire.

Située au carrefour des civilisations de par ses flux migratoires (Grecs, Espagnols, arabes et même normands !), sa population aux origines de tous les horizons mérite que l’on souligne son tempérament extrêmement chaleureux et humain. Or, quand la qualité des rapports repose justement sur l’échange et le partage, toutes les conditions sont réunies pour s’immerger le plus naturellement possible dans une culture et s’imprégner du mode de vie d’un autre pays.

En Sicile, exit les complexes et la retenue liés aux gestes barrières, les pas de côté pour éviter celui que l’on croise. Ici, c’est le naturel qui prime ! Ainsi, le rapport à soi et à l’autre retrouve sa forme / force originelle. L’étranger est familier. Le Sicilien, accueillant, toujours ouvert et décomplexé, vis-à-vis de tous les procédés de civilité.

Ainsi, ces rapports ensoleillés et spontanés nous projettent hors des cadres formels et réglementaires des échanges ordinaires en période de pandémie. Autant sur le mode oral que dans la gestuelle… ici, on communique et on se fait entendre ; c’est chantant et encore plus vivant que dans un bon film de Nanni Moretti !

Et, lorsque les silences apaisent notre soif d’apprentissage linguistique, lorsque notre capacité à ingérer si ce n’est qu’un tiers du champ lexical local atteint son seuil maximal, il y a toujours plus d’une scène folklorique à regarder dans son champ de vision.

Un triporteur qui assure la livraison de fruits et de légumes pour la saison en plein milieu de la rue, un vespa aux couleurs acidulées, des rideaux qui volent au vent à chaque fenêtre, un chat qui somnole dans une ruelle endormie à l’abri du soleil, un vendeur de kebab au thon qui s’époumone sans jamais perdre son sourire, un farfelu qui marche dans la rue la sono sur son dos, des inconnus qui s’interpellent à voix haute d’un bout à l’autre d’une rue, une femme qui hisse un colis au bout d’une corde par son balcon ou encore des enfants qui jouent dans la rue, sous la surveillance de la mamma perchée sur son balcon qui surveille autant les allées et venues de son foyer que de ses voisins.

En Sicile, c’est dehors que ça se passe ! Et c’est sans doute bien pour cela sans aucun doute, que tout se sait et se partage au plus grand nombre !

Autant de scènes de vie pourtant ordinaires qui nous paraissent farfelues ou hors du temps… et pourtant, n’est ce pas cela la « vraie vie », telle qu’elle qu’on la définissait avant la société du tout connecté et de la simultanéité des échanges ?

Sur la route, la communication n’est pas en reste. Si on peut être surpris de voir des véhicules dépasser les autres sur la bande d’arrêt d’urgence, la circulation chaotique à l’abord des grandes villes reste l’un des témoins d’une culture extrêmement vivante et bouillonnante, propre à la Sicile.

Pour s’éloigner de l’agitation permanente de cette île montagneuse où la mer est omniprésente, prendre le large parait comme une évidence…

Ainsi, après une escale à Marsala, une région située à l’extrême ouest de Palerme au milieu des vignes dans une charmante adresse d’agritourisme, nous mettons le cap sur l’archipel des îles Egades à bord d’un hydrofoil dernière génération, parmi une clientèle 100% italienne.

Situé à une trentaine de minutes seulement de Trapani, cet archipel fait partie de l’une des plus belles réserves marines d’Europe, où le bleu turquoise de la mer rivalise de beauté avec la couleur du ciel.

Nous faisons escale à Levanzo, un charmant village de pêcheurs endormi avec de faux airs de Cyclades. Sous un soleil d’été écrasant, les eaux cristallines contrastent avec les maisons au blanc immaculé.

Nous traversons rapidement la rue unique pour éviter de perturber la sieste des chats errants. Puis, nous longeons la mer sur le sentier côtier jusqu’à Cala Fredda, où nous piquons une tête à la recherche des langoustes et des poulpes cachés dans les rochers.

Moins clinquante, mais tout aussi photogénique et intemporelle que sa petite sœur, Favignana,  séduit au premier coup d’œil pour son ambiance totalement décomplexée.

A peine après avoir posé un pied sur ce petit bout de terre inondé de soleil, on perçoit l’héritage d’une activité historiquement tournée vers la mer. Autrefois, Favignana était l’une des plus importantes conserveries de thon de toute la Sicile. Les barques aux couleurs vives qui somnolent dans le port témoignent de cette époque révolue où l’on peut néanmoins encore faire des orgies de carpaccio de thon et de couscous de poisson ! Sur la place principale, lorsque l’on commande son kebab de la mer fraîchement préparé, on se croit un peu comme à la criée, et submergés par un flot de paroles incompréhensibles.

Pour découvrir ses promontoires rocheux, ses piscines naturelles et ses peintures rupestres datant du paléolithique supérieur, on sillonne l’île à vélo sur les petites routes et les chemins parmi les vespas.

Nous préférons la plage de Cala Azzura et son sable rosé à Cala del Blue, un fameux spot de snorkeling. Bien que très populaire, nous réussissons à poser une serviette sur un coin de rocher pour savourer une baignade rafraîchissante dans une eau turquoise et translucide.

Ceux qui cherchent l’intimité doivent passer leur chemin. Ici, c’est animé et chantant, mais on se sent toujours comme chez soi et toujours agréablement accueilli.

Par manque de temps, n’irons pas jusqu’à Marettimo, l’île la plus confidentielle de l’archipel des Egades, avec sa côte dentelée et ses nombreuses grottes marines.

Augmenté par un sentiment puissant de liberté, l’appel du large donne des ailes… aussi, nous poursuivons par la mer jusqu’aux îles éoliennes, cet archipel classé au patrimoine mondial de l’UNESCO pour son intense activité volcanique qui attire des vulcanologues du monde entier.

Poussés par le souffle d’Eole, le maître du vent de la mythologie grecque, nous partons à la découverte de cet archipel hors du temps, entre ciel et mer, où la nonchalance rythme le quotidien d’une population insulaire assurément méditerranéenne.

A chaque île, sa personnalité et sa singularité…  Nous choisissons de faire l’impasse sur Panarea, l’île jet set et Lipari, la très urbaine. Luxuriante et généreuse, Salina nous accueille pour deux nuits.

La magie opère déjà, alors que le petit bus bleu entame sa descente à Pollara, un petit hameau de quelques âmes seulement situé à flanc de colline à l’extrême ouest de l’île. Cet amphithéâtre isolé du monde urbain au-dessus d’une abrupte falaise est un véritable havre de paix, dont on apprécie à la fois la tranquillité et la vue plongeante sur la Grande Bleue.

Lorsque le soleil se couche derrière Filicudi Isola, nous nous régalons du spectacle depuis nos hamacs, comme suspendus au-dessus du vide, avec la sensation de se trouver dans l’un des bouts du monde comme on les aime.

 

Salina, l’île verte et végétale est classée en réserve naturelle. Au pied du Monte Fossa delle Felci, un volcan endormi qui culmine à 962 mètres, une « fosse aux fougères » abrite une flore exceptionnelle. Ici, l’amateur de nature vient affronter une longue série de marches sur un sentier aux senteurs méditerranéennes, dans un kaléidoscope de verts intenses, avant de pouvoir contempler au sommet, une vue à 360° sur tout l’archipel.

Avec son explosion florale, ses orangers, ses figuiers et ses bougainvillées, Salina porte en elle des airs de Madère, l’océanique. Au centre de ce jardin odorant grandeur nature avec ses cultures en terrasses, Malfa. Un village tranquille où le temps s’est définitivement arrêté. Sur la place de l’église, le seul spectacle de la rue témoigne de la vie nonchalante où l’on savoure en toute intimité un tartare de thon aux pistaches et, suivant l’heure, une granita au citron ou au café…

Puis, lorsque le thermomètre affiche enfin des températures plus supportables, on descend sur la plage de galets de Malfa. Dans cette crique secrètement nichée au pied d’une haute falaise, un lieu populaire qui invite tantôt au farniente, à la baignade ou encore au jeu, règne une ambiance résolument familiale et tranquille.

En retournant au village après un escalier naturellement creusé dans la roche, il est impossible de ne pas s’arrêter s’offrir un verre en terrasse en haut de la falaise. La brume de chaleur retient dans notre imaginaire les couleurs flamboyantes du coucher de soleil sur Stromboli dont nous apercevons la silhouette au loin. La lumière tombe progressivement sur la côte déchiquetée qui s’étire à nos pieds.

Si Vulcano, avec ses cratères et ses fumerolles constitue l’escale idéale pour une première introduction au volcanisme, c’est Stromboli qui sera le point d’orgue de notre périple d’île en île. Un caillou noirci par la lave de la tête aux pieds. Sur sa plage de sable noir, les uns s’adonnent à la baignade au milieu de ce va-et-vient incessant. Les barques colorées côtoient les bateaux de plaisance, les pêcheurs réparent leurs filets, les autres déchargent des caisses de poisson fraîchement pêchés.

Les triporteurs et les vespas sillonnent dans les ruelles escarpées de cette île légende. Là encore, face au blanc immaculé des habitations, on se croit catapultés dans l’archipel des Cyclades.

Un séjour à Stromboli est un voyage immersif dans la mythologie, sur les traces de dieux sans âge qui ont laissé une partie de leur âme. Passer une nuit avec Stromboli, l’un des volcans les plus actifs d’Europe, c’est un vieux rêve d’enfant qui n’a pas de prix dans une vie !

Pour prendre le pouls de ce monstre volcanique qui feigne dormir à longueur de journée, on attend les heures les plus fraîches avant de s’élancer sur ses flancs latéraux. Si son ascension est interdite depuis le 3 juillet 2019 pour des raisons de sécurité, il reste encore possible de rejoindre le point de vue situé au pied de la Sciara del Fuoco pour observer ses éruptions spectaculaires.

Alors que l’on approche de la pente, on entend le ventre du géant grogner. Mais les lois de la nature restant imprévisibles, il n’est jamais certain de réussir à apercevoir ses coulées de lave incandescente qui dévalent au pied du village de Ginostra.

Le spectacle étant plus beau de nuit, c’est avec nos frontales que nous reprenons la marche en sens inverse, sur cet agréable sentier qui évolue à pic au-dessus de l’eau. Nous marchons sur la pointe des pieds pour ne pas réveiller le monstre à demi-endormi. Les lumières de la ville et des bateaux, en mouillage tout autour de son rivage, nous indiquent notre chemin. Petit à petit, c’est dans l’obscurité la plus totale que nous retrouvons la moiteur de l’été et les délicieux parfums de cette île explosive et volcanique.

Avec le regret de ne pas avoir pu prolonger notre séjour sur Alicudi et Filicudi, deux îles éoliennes qui attirent les amateurs de calme et les voyageurs en quête de silence et d’authenticité, nous sommes définitivement conquis par les charmes de cet archipel.

Séduits par ce dépaysement total entre ciel et terre, où il fait bon vivre et lézarder. Des îles où tout semble immuable, sauf la rotation de l’astre solaire. Un archipel où le temps s’écoule dans une toute autre mesure.

En dehors de ces atouts naturels, ici, on apprécie à la fois la douceur du climat et la qualité de vie, autant de cadeaux des dieux que l’on remercie au passage pour tant de grandeur et de beauté.

Ainsi, s’il est possible de se lasser d’avoir les yeux rivés sur l’horizon et la mer à perte de vue ou encore d’être gagné par un sentiment de vertige, à force de passer de la terre à la mer, une fois que nous avons terminé de faire le plein de douceur, sur ces îles de caractère dont on n’oublie ni la saveur ni la chaleur, n’est-il pas venu l’heure de retourner sur la grande île pour poser de nouveau un pied à terre ?


HEBERGEMENTS

>> Marsala
Agriturismo Baglio Donna Franca White Resort

https://www.donnafranca.it/

>> Pollara, Salina
La Locanda del Postino
https://www.lalocandadelpostino.it/en/index?adblast=8582753625&vbadw=8582753625&gclid=CjwKCAjw64eJBhAGEiwABr9o2OAN3EnSo1UTqEMw3MJoI_uQRemj4zQaUT6dFoyP1Vj_BxT4MOLbxxoCLB4QAvD_BwE

>> Malfa, Salina
La Sette Perle

Home it

>> Stromboli
Aquilone Residence
http://www.aquiloneresidence.it/

TRANSPORTS

Bateau pour les îles Egades : Libertylines

Trapani – Levanzo : 25 mn
Levanzo – Favignana : 10 mn

Bateau pour les îles Eoliennes : Libertylines

Milazzo – Santa Marina Salina : 1h25
Santa Marina Salina – Stromboli : 1h10

Parking à Trapani (à l’extérieur de la ville, proche des entrepôts du port => tout près de Parcheggio Multipiano) + navette jusqu’à l’embarcadère

Bus Salina :
http://www.trasportisalina.it/
2 bus différents => Santa Marina Salina > Malfa + Malfa > Pollara

Gare Milazzo > Embarcadère
Bus n°5 (compagnie Segesta) ou taxi (5€ par personne)

 

Une réponse à “Un été en cavale, sinon rien !

  1. Une immersion sicilienne dans une nature époustouflante … Une envolée lyrique, une écriture toujours très personnelle et chaleureuse. Et de sublimes photos !Merci pour le partage sicilien.V.

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