Y a-t’il une vie avant ou après l’humanité ?

Alors que l’on approche de l’heure des bilans de fin d’année, on se retourne soudain par mégarde sur ses 20 ans dernières années. Une tranche de vie bien remplie, intense en événements, rencontres, partages… mais à l’échelle d’une vie, que représentent donc vraiment 20 ans ?

Et pourtant, voici 20 exactement, j’apprenais l’existence des Jarawas. Ou les premiers être vivants de la Terre venu d’Afrique pour le continent indien il y a 70.000 ans. Ayant trouvé refuge sur l’archipel paradisiaque des Andaman, des cailloux jetés dans l’Océan indien à environ 300 kilomètres des côtes birmanes, les Jarawas jouissaient encore il y a 20 ans d’une réputation qui faisait accélérer le rythme cardiaque de tout baroudeur initié en mal d’aventure.

Il y a 20 ans encore, les Jarawas n’avaient eu que très peu ou pas de contact avec l’homme « blanc » ; il était donc très difficile d’entrer en communication avec eux. Ils vivaient reclus dans la forêt, en totale harmonie avec la nature, refusant dépendance et acculturation.

Ce mystère qui planait sur leur mode de vie et leurs raisons de rejeter le monde occidental dans un paradis insulaire nourrissaient la légende. Mais de quoi vivaient-ils donc ? Que savaient-ils de notre culture ?

20 ans plus tard, on ne compte plus que 400 âmes Jarawas. Les années se sont écoulées, en même temps que les abus. Victimes du tourisme de masse, mais aussi d’une politique de colonisation et d’acculturation, les Jarawas font l’objet de safaris « humains ».

Sur cette terre qui leur appartient depuis ces milliers d’années, l’armée patrouille 24 heures sur 24, 7 jours sur 7. Une liberté conditionnelle ? Sous des allures de camp, de prison à ciel ouvert, le territoire des Jarawas possède pourtant tous les atouts d’un territoire enchanteur.

Le film « Nous sommes l’humanité » nous invite avec une candeur réaliste et objective à découvrir le secret du bonheur originel.

D’ailleurs, ce n’est pas innocent si les premières images du film se posent sur une scène de pêche dont la technique et le savoir-faire sont propres à la culture Jarawa.

Plus qu’une culture, c’est un monde tel qu’il n’en existe presque plus sur Terre. « Nous avons tous l’air différent de vous, mais nous sommes tous bons » clame Onie dans le film.

India, Andaman, a Jarawa boy wearing a flower necklace

Au-delà du lien très fort qui unit ce peuple à la nature, ce qui surprend avant tout, c’est la force et la conviction de ces hommes à résister aux tentations du monde moderne.

Aujourd’hui, s’ils reconnaissent que la présence des indiens a légèrement modifié leur façon de vivre (« maintenant, on change » dit l’un-d’eux), ils ont accepté de porter des habits pour ne plus avoir froid et tuent ils des daims à la place des cochons qu’on leur confisque contre de l’argent et des vêtements.

Malgré cela, ils portent un regard très critique et résistant sur « l’autre monde ». Un monde mauvais où l’on tombe malade, un monde où le bruit, l’odeur et la foule dérangent, un monde où la paix n’existe pas.

Selon eux, les braconniers ne leur apportent que de mauvaises choses, comme le tabac ou l’alcool, le plastique et la pollution.

« … Nous avons ce dont on a besoin, on aime notre jungle. On vit bien ensemble, on n’a pas de soucis, nous avons le bien, pas le mal… »

Parmi les questions, arrive naturellement la plus essentielle de toutes : pourquoi ces hommes viennent-ils sur leur territoire, sachant que eux, ne veulent par les voir ? En d’autres sens, comment comprendre ce qui n’a pas de sens ni pour eux ni pour nous, d’ailleurs ? Ce qui devrait être sanctionné par la Ligue des Droits de l’Homme ?

Tandis que l’on apprivoise avec douceur et tranquillité le quotidien des Jarawas, l’image se transporte sans transition sur la misère des villes. Ici, le contraste est saisissant, on suffoque en silence. La légèreté des jours heureux a soudain disparu. Et toute la pauvreté de ce monde qui survit au milieu des bidonvilles se lit jusqu’à sur le visage des enfants qui naviguent entre détritus, amas de tôle insalubres et cours d’eau pollués.

India, Andaman, A Jarawa woman,, Etalay wearing a beautiful make-up.

Après ces instants de errance où la parole et les commentaires ne trouvent pas leur place – une plongée violente dans la décadence de la société dite « civilisée » – on aperçoit enfin les touristes indiens. Ceux qui ont investi à leur tour la carte postale idyllique des îles Andaman aux rivages frangés de cocotiers.

Puis, la caméra se tourne de nouveau vers la même famille Jarawa. Toujours assis sur leurs nattes en pleine forêt, on les surprend à manipuler de petites figurines qui les représentent. Un brin amusés, mais cyniques et surtout pas dupes pour un sou, ils restent peu convaincus de la ressemblance. Comment des occidentaux seraient-ils capables de reproduire une culture qu’ils ne connaissent pas ?

Dans les mains des enfants, la réaction est similaire. On surprend même le plus jeune garçon de toute la fratrie à frapper la poupée avec un regard agacé.

Mais jamais, leurs sourires aux visages peints de glaise n’expriment la colère, la méchanceté ou la haine. Sans croyances ni peurs. Leurs visages détendus demeurent sereins, tout en dissimulant une inquiétude partagée.

En tant que spectateurs, c’est avec une certaine émotion que l’on devient témoins d’une culture fortement menacée. Avec ce paradoxe totalement dénué de sens de les voir vivre au sein de leur communauté avec autant de liberté.

Cette simplicité naturelle, spontanée se reflète d’ailleurs sans mise en scène dans le documentaire. Plus qu’un simple voyage, ce film prend les contours d’une immersion profonde dans une culture forte et singulière à laquelle on finit presque par s’identifier.

C’est bien ici que résident vraisemblablement toute la beauté et la réussite du film. Au fil des images et des confidences, on devient petit à petit familier avec leurs gestes et avec leurs sourires, avec l’accord de leur complicité.

Un sentiment poignant que de saisir cette proximité, avec l’intuition renforcée que ce fragile équilibre ne tient plus qu’à un fil. Cependant, remplis d’une confiance inconnue, mais si justement transmise au travers de la réalisation de ce travail documentaire empli d’humanité, on se sent investi d’une mission.

Celle de porter ce précieux témoignage d’auto-détermination à travers le monde. De faire entendre le cri d’un peuple en détresse.

Pour réaliser ce film, il aura fallu à Alexandre Dereims et à son équipe près de 5 années pour être autorisés à pénétrer dans l’intimité des Jarawas. 5 ans pour apprendre à découvrir le secret d’un peuple premier aujourd’hui bafoué par le gouvernement indien.

Au travers de ce documentaire, les Jarawas nous ouvrent les portes de leur monde, dévoilant au grand jour leur secret, celui du bonheur originel.

Un bonheur qui, à lui seul, nous rappelle lui aussi la fragilité de l’Humanité.

Et si tous les derniers peuples premiers de la Terre devenaient des sources d’inspiration pour redonner un peu d’humanité à notre chère planète ?

Pourrait-on espérer qu’elle tourne de nouveau rond un jour ?

Un monde en sursis, celui des Jarawas, mais plus largement, la planète toute entière, voire l’humanité en danger… mais pour combien de temps, cette fois : 20 ans ou bien davantage ?

« Nous sommes l’humanité », Alexandre Dereims, réalisateur / Claire Beilvert, productrice, 2017 – 1h30.

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Comme le mouvement Colibris, Amnesty International, la Ligue des Droits de l’Homme, Mr Mondialisation et bien d’autres, soutenez le peuple Jarawa ! Pour mettre fin aux zoos indiens, participez à la campagne de sensibilisation en organisant une projection dans un cinéma, en louant le film ou en achetant le livre photo

https://www.wearehumanitymoviefr.com/

http://www.organicthejarawa.com/signez-la-petition

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