Rencontre avec les indiens Waraos : lorsque la vie n’est pas un si long fleuve tranquille…

Le Playon, Vénézuela (mai 2013)

Itinéraire d’une famille Warao, Patrick Profit, 50 mn.

Dès les premières images, le bruit de l’eau accompagne les images de cette très belle et attachante immersion en pays Warao, dans une fluidité naturelle apaisante et ressourçante, comme une douce musique.

Symbole de sérénité et de lenteur, l’eau est le poumon des quelques 25.000 âmes Waraos qui peuplent encore le Delta de l’Orénoque, ce méandre de marécages situé à quelques encablures de la mer des Caraïbes, au nord-est du Vénézuela.

Une incursion dans le Delta de l’Orénoque invite à l’éveil des sens, dans une nature source de vie et de culture, véritable sanctuaire pour la faune et la flore, où le palmier moriche détrône encore les systèmes d’agriculture intensive…

Pénétrer ce paysage à la végétation extrêmement luxuriante et sauvage où le fleuve Orénoque – l’un des fleuves ayant le débit le plus important au monde après l’Amazone – conclut son cours, c’est avant tout partir à la découverte des indiens Waraos, le « peuple de la pirogue » répartit le long du fleuve dans des villages lacustres, composés de huttes sur pilotis.

Loin de l’instantanéité de la consommation et de la surinformation, loin du rythme tumultueux de notre civilisation hyper moderne ayant pour dénominateur l’urgence de l’action, il est chez les Waraos une tranquillité hors du temps qui se savoure heure par heure…

La constitution de 1999 a permis que leurs terres, coutumes et croyances soient reconnues par l’état vénézuelien.

Anciennement nomades, ils avaient l’usage d’adapter leur façon de vivre aux ressources disponibles dans leur environnement, afin d’éviter leur épuisement. Ils se déplaçaient pour cela de palmeraie en palmeraie. Malheureusement, sur la demande du gouvernement, les Waraos se sont peu à peu fixés dans de petits villages.

Or, leur mode de vie originel basé sur le respect de la nature s’associe mal à la sédentarisation…

Conçu et produit autour du portrait de Cristina, une mère de famille de 13 enfants âgée de 57 ans, le documentaire apporte un témoignage juste et attachant sur le quotidien du peuple Warao.

La gravité de son visage traduit toute la dualité dont souffre ce groupe ethnique amérindien, partagé entre la lutte quotidienne pour préserver et perpétuer ses valeurs ancestrales, piliers de toute une culture et l’ouverture sur la modernité.

En tant que Arani, la « mère » en langage « Warao« , celle qui est respectée par le clan dans une société matrilinéaire, Cristina est responsable du partage de la nourriture et des tâches quotidiennes. Elle inculque les règles auprès des membres de la communauté pour éviter les actes de violence au sein de chaque famille.

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Basée sur les jeux et l’apprentissage des tâches quotidiennes, l’éducation occupe une place importante dans la culture Warao, où le village se substitue à l’école.

Apprendre le tissage, la vannerie, la construction de pirogues, la pêche, savoir reconnaître et utiliser les plantes médicinales ou encore naviguer représentent autant de savoir-faire essentiels pour être apprécié au sein du clan dès le plus jeune âge.

En enrichissant ce lien étroit entre l’homme et la nature, notamment en attribuant une âme aux animaux et aux plantes, les Waraos s’efforcent de vivre en osmose avec ce que leur offre la terre.

Aujourd’hui malheureusement, et malgré leur sensibilité écologique précoce pour la préservation de l’environnement depuis des décennies, l’avenir des Waraos ne dépend plus seulement de leurs propres actes.

L’apparition de nouvelles maladies générées par la surexploitation des ressources naturelles et la pollution des eaux, l’accroissement de la malnutrition et l’épuisement des espaces sédentarisés… voici autant de problèmes émergents qui questionnent toutes les valeurs d’une culture millénaire.

Malgré toute la poésie retranscrite par le réalisateur à travers la beauté des paysages et la douceur des sourires, la lenteur de l’image, des scènes et des gestes correspond t’elle encore à la réalité ?

Face au désastre écologique, social et sanitaire qui touche son peuple, Cristina se contente d’interroger en silence la caméra sans ajouter un mot. Elle porte son regard au loin, le plus loin possible de la réalité, avec une sagesse mêlée de mélancolie, laissant planer une part d’ombre palpable et une lueur d’optimisme invisible…

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3 réponses à “Rencontre avec les indiens Waraos : lorsque la vie n’est pas un si long fleuve tranquille…

  1. Merci à Servanerig pour cet article très touchant, avec cette belle perception d’une réalité pas toujours facile à faire passer dans un documentaire si court ! Je sais cela fait plus d’un an qu’il a été écrit mais je viens de le découvrir …

    Patrick Profit (patrick.profit@atmosphere-production.com)

    • Bonjour,

      Je vous remercie pour votre retour suite à ma publication. Comme vous l’aurez sans doute compris, je suis sensible à ces questions d’identité et de culture propres aux minorités du monde, d’autant plus qu’elle augmentent de jour en jour avec les changements sociétaux que nous vivons au quotidien. Le quotidien de ces peuples étant fortement dépendant de la nature, leur avenir est aussi énormément fragilisé à cause du dérèglement climatique.

      Suite à votre message, je découvre à travers votre site internet l’ensemble de vos productions ; peut-on voir ces documentaires encore quelque part ?

      Désolée de ma réponse tardive, mais je n’avais pas trié les commentaires qui passent en spam dans un premier temps sur WordPress.

      Bien à vous,

      Servane

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